Prochain omnilogisme : 13/03/2010 à 0:00
Depuis que Freud(1) – oui, celui qui parle du complexe d'Œdipe – est passé par là, nous assistons à un véritable boom des psychanalystes, psychologues, psychothérapeutes et autres psycho-quelque-chose.
Alors dans cette accumulation de profession, sauriez-vous dire qui est qui ?
Commençons avec le psychiatre. Docteur en médecine, il s'est spécialisé après six ans de longues et douloureuses études(2). Il est apte, après ses cinq ans de spécialisation, à suivre des malades psychiatriques et à prescrire des médicaments comme tout médecin. On le retrouve plutôt dans le domaine des maladies lourdes, comme la schizophrénie ou la maniaco-dépression, mais vous le croiserez peut-être dans les hôpitaux psychiatriques et les prisons, où il a également un rôle d'écoute.
Socialement, le psychiatre a un avantage indéniable : étant médecin, ses consultations sont remboursées par la Sécurité sociale, ce qui permet à tous d'être suivi sans se soucier du coût de la prise en charge.
Le psychologue n'a pas de formation aussi longue que celle de son homologue médecin, mais il a quand même fait cinq ans d'études en psychologie (certains vont même jusqu'à huit ! ). Ce sont ceux que l'on rencontre le plus souvent, car il existe plusieurs spécialités(3) qui « répondent » à des besoins plus ciblés. Les rendez-vous se font en face à face, comme pour le psychiatre, même si l'on distingue différents types d'entretiens(4) :
comprendre les réels motifs de votre comportement, et donc à écouter les gens. En effet, en psychanalyse, le praticien se place derrière vous pour ne pas interférer avec vos propos(5) et les interpréter sans être « parasité ». Autant dire que si vous cherchez le dialogue, il vaut mieux abandonner le psychanalyste !
Après ce petit tour d'horizon des quelques déclinaisons du psykhế (l'esprit ou l'âme, selon les traductions) n'ayez plus le mauvais goût d'« insulter » un étudiant en le traitant de « psychothérapeute » !
Une grande question vous a sûrement déjà traversée l'esprit : quelle est la différence entre un manchot et un pingouin ?
Vous séchez ? Pourtant, il y en a au moins deux bien notables !

Les pingouins vivent dans l'hémisphère nord et ils peuvent voler.
Le mot pingouin date de la fin du XVIe siècle. Plusieurs hypothèses coexistent sur l'origine de ce mot :

Les manchots, eux, vivent dans l'hémisphère sud et ils ne peuvent pas voler (mais leurs ''ailes'' leurs permettent de nager).
L'étymologie est plus sûre : manchot vient du latin mancus, ce qui signifie « manquer ». C'est Buffon qui leur appliqua ce terme car leurs ailes ne leur permettent pas de voler.
Maintenant que vous avez fait la connaissance de la drosophile nous allons nous intéresser plus particulièrement aux mutations homéotiques. Celles-ci affectent les gènes homéotiques, souvent appelés gènes de structure car leur rôle consiste à placer les organes les uns par rapport aux autres.
« Allez mesdemoiselles approchez, n'ayez pas peur de montrer vos mutations ! »
Observez attentivement cette drosophile :

Non vous ne rêvez pas, suite à une mutation nommée antennapedia, cette mouche se retrouve avec des pattes à la place des antennes. Non seulement c'est inesthétique mais c'est surtout complètement anti-pratique.
« Drosophile suivante, veuillez avancer s'il vous plaît. »

Comme vous pouvez le constater, cette drosophile possède deux thorax. Cette anomalie peut être le résultat de deux mutations différentes. Pour la première, nommée bithorax, la partie antérieure du balancier a été remplacée par des ailes. Pour la seconde (postbithorax) la partie postérieure du troisième segment thoracique a été remplacée par une partie postérieure de second segment thoracique et le balancier a une fois encore été remplacé par des ailes. Encore une fois, cette mutation est néfaste d'un point de vue comportemental puisque la drosophile ne possède plus de balancier, nécessaire pour maintenir son équilibre en vol.
Ces deux mutations homéotiques sont les plus connues chez la drosophile, mais il en existe d'autres.
Vous l'aurez compris, les drosophiles nous présentent toutes sortes de mutations pour le plus grand bonheur des généticiens, et les scientifiques n'ont pas finis de s'amuser à les étudier. La prochaine fois, avant d'en écraser quelques unes sous prétexte qu'elles s'approchent un peu trop près de vos fruits, souvenez-vous de leur contribution au progrès scientifique !
Quelle est la définition d'une espèce ?
Eh bien, deux individus appartenant à une même espèce peuvent se reproduire
.
C'est juste ; mais cette définition est incomplète. En fait, la définition d'une espèce la plus couramment admise aujourd'hui est celle d'une population dont les individus peuvent se reproduire entre eux, et engendrer une descendance vivable et féconde
.
Y a-t-il vraiment loin de l'un à l'autre, vous direz-vous ? Eh bien, force est de le reconnaître, car il existe une multitude de cas d'espèces pouvant se reproduire entre elles.
Le mulet (et sa femelle la mule), petit d'un âne et d'une jument, en est l'exemple le plus populaire. Plus grand qu'un âne, plus petit qu'un cheval mais robuste comme lui, il a longtemps servi comme animal de trait et de bat. Le bardot est quant à lui le marmot d'un cheval et d'une ânesse.

Ces joyeux animaux sont ce que l'on appelle des hybrides : le croisement d'espèces différentes. Même si les accouplements menant à la création d'un hybride sont souvent provoqués artificiellement (ce qui crée de nombreux débats ! ), ils peuvent aussi se produire dans la nature.
La possibilité de ces reproductions s'explique par le génome très similaire des espèces du père et de la mère, et par leur étroite parenté à l'échelle de l'évolution.
Les hybrides les plus répandus sont, outre le mulet et le bardot, le zorse ou zébrule (zèbre + cheval), le tigron (tigre + lion) et le chabin ou mouchèvre (bélier + chèvre)(7).
Mais il existe une multitude d'autres croisements inter-espèces, plus ou moins bizarroïdes :
L'hybridation végétale est aussi tout à fait possible, et est fréquemment utilisée pour renforcer certaines espèces.
On l'aura vu, la barrière entre les espèces est difficile à définir… D'autant plus que les espèces hybrides ne sont pas toujours stériles, et peuvent même se reproduire avec des individus de leur espèce génitrice !
La génétique, un vrai casse-tête !

Vous les avez sans doute déjà aperçu, l'été, quand elles se font une joie de venir sur vos fruits ou dans vos confitures pour y pondre leurs œufs. Les drosophiles sont ces petites mouches de trois millimètres environ, appelées mouches à vinaigre, et dont on peine à se débarrasser.
Mais si elles sont une gêne pour la plupart des gens, pour les généticiens en revanche ce sont de véritables stars. En effet, comme elles sont faciles à élever et qu'elles se reproduisent assez rapidement, elles sont très utilisées pour la recherche génétique. Leur génome étant parfaitement connu, on peut par exemple s'en servir pour étudier le devenir d'un gène lors de croisements, etc.
Par ailleurs, toujours du fait de leur reproduction rapide, les chances d'observer des mutations sont beaucoup plus élevées. Eh oui, les mutations spontanées(8) ont beau être rares – du fait de leur caractère aléatoire – si on augmente le nombre d'individus et leur vitesse de reproduction, on a beaucoup plus de chance d'en observer.
Vous trouverez ci-dessus le parfait exemple d'une drosophile (normale). Observez-la bien pour pouvoir la comparer aux modèles présents dans le prochain omnilogisme.
En forêt, on aime à se promener, à randonner… Mais nous ne sommes pas seuls ! Des arbres comme celui-là se baladent également, de leurs grandes enjambées… Ce cas particulier provient d'une situation un peu spéciale : imaginons deux jeunes arbres de la même espèce, inclinés chacun dans un sens différent, formant une sorte de croix de Saint-André. Les troncs frottant, ils en viennent à se souder, de la même façon que dans les cas précédents. Mais cette forme n'est pas viable pour les deux arbres, et, rapidement, l'un d'eux va dépérir, au-dessus de la soudure, et tomber, pour finir par former cet « arbre marcheur »(9).
Cet arbre-ci a l'air en bien mauvaise posture, avec cette énorme excroissance au milieu du tronc… En réalité il n'en est rien ! Cette déformation, nommée « loupe » n'est rien d'autre qu'un dérèglement du cambium (une couche de tissus située entre le bois et l'écorce), qui s'est mis à créer une prolifération tourbillonnaire de cellules, créant ainsi une grosse boule de bois (parfois déformée). Ce n'est donc en aucun cas le résultat d'une attaque de parasite ou de maladie, et ne présente aucun danger pour l'arbre(10). Les loupes sont assez courantes en forêt, et on peut également en trouver sur des grosses branches plutôt que sur le tronc.
Et ce cas-ci, serait-ce un arbre collectionneur de loupes ? Les loupes, comme nous venons de le voir, sont les résultats d'un dérèglement du cambium, et il est donc peu probable qu'on les observe à tant d'endroits différents sur un même arbre… La cause de ce phénomène est, cette fois-ci, animale. En effet, nous avons ici l'œuvre du pic épeiche(11) : cet oiseau, qu'on peut entendre en forêt avec ses rafales de coups de bec sur les troncs, troue l'écorce afin de chercher les insectes qui se cachent derrière. Mais alors que sur les feuillus il n'en résulte que des trous, les résineux (Épicéas, Sapins, Pins et Mélèze) eux, afin de prévenir l'entrée de champignons par ces trous, forment ces bourrelets au niveau du trou. Ainsi, si le pic permet à l'arbre de se débarrasser des insectes, il avertit aussi les gardes forestiers que l'arbre en est infesté, ce qui n'est pas obligatoirement une bonne chose…
Il est parfois des animaux qui ont été affublés au cours des siècles d'une vilaine réputation(12), alors même qu'il est maintenant établi qu'ils trouvent leur place dans la belle organisation de la nature.
Ainsi en est-il par exemple d'un célèbre oiseau. Des vautours, penses-tu tout bas, fidèle omnilogiste. Oui, certes. Mais il en existe plusieurs types, et il est ici question de voir à quel point les cousins se complètent bien pour éviter tout gâchis…

Le vautour noir, tout d'abord, aussi appelé vautour moine. Il est ainsi surnommé car sa tête présente une tonsure bien caractéristique. D'environ trois mètres d'envergure, il est l'un des plus grands rapaces d'Europe. Il se réjouit sur tout bon cadavre des parties dures : tendons, articulations, ligament, cuir, et autres cartilages ;

Le père blanc ensuite, aussi appelé vautour blanc, ou percnoptère par les plus lettrés. D'une taille bien moindre (un gros poulet… ), il est doté en bout de bec d'un crochet tranchant. Il se doit d'attendre que ses cousins aient entamé la dépouille, puisqu'il n'est pas assez fort pour découper le cuir. Il se délecte alors des « bouts perdus » et autre morceaux qui s'éparpillent aux alentours du défunt alors que ses cousins le déchiquètent. Il ne se prive pas non plus de boulotter les yeux s'ils passent à portée de bec. Après le départ de ses congénères, qui pensent avoir tout mangé, il raclera avec délice le contour des os et les moindres aspérités pour ne rien gaspiller…

Puis le vautour fauve, aussi appelé griffon, qui est un polyvalent. De taille moyenne, c'est le charognard de référence, peut-être le plus connu, et aussi le plus présent. Il est suffisamment puissant pour taillader la peau, il mange tout ce qui lui passe sous le bec, mais ne sait pas racler correctement « le plat » ;

Vient enfin à l'issue du festin un dernier modèle, genre « gros porteur » lui aussi, comme son cousin vautour noir. Pas banal, il est porteur d'une superbe paire de moustaches, ce qui le fait se nommer officiellement « gypaète barbu ». C'est notamment lui qui a longtemps été accusé par l'imagerie populaire d'attaquer, voire de manger, les montagnards. Et pourtant, c'est un grand timide. Ainsi laisse-t-il le temps à ses congénères de se régaler, sans venir prendre part au festin. Et lorsque tout le monde est parti, il arrive alors sur la carcasse, le squelette devrait-on dire. Plus rien à manger ? Détrompez-vous… Celui-ci est friand de ce dont les autres ne veulent pas : les os, et les pattes. Et s'il n'a pas les crocs d'un canidé pour se délecter des os, il n'hésitera pas à prendre son envol avec les plus gros os, qu'il laisse tomber sur des rochers, jusqu'à les fracasser(13) pour pouvoir ensuite engloutir sa réserve de protéines.
Ainsi donc, ces quatre cousins réunis assurent une saine mission de salubrité écologique, en se partageant les cadavres de tous les animaux qu'ils trouvent dans la nature, du premier poil au dernier os. C'est sans doute grâce à eux qu'il n'est guère courant de trouver des cadavres d'animaux lors des promenades bucoliques ou randonnées montagnardes. Et qui plus est, quand bien même le cadavre est porteurs de gênes pathogènes ou tout autre virus, souvent à l'origine du décès d'ailleurs, pas de risque de contamination, grâce à eux. Et la digestion n'en n'est aucunement contrariée, l'estomac de ces oiseaux étant richement doté en acide très corrosif, qui vient à bout des microbes, gènes et virus, en même temps que des os.
« Mesdames et messieurs, approchez !
Nous avons aujourd'hui l'honneur de vous présenter une chimère bien réelle… approchez, approchez, contemplez l'étrange créature ! »
À ces mots, la foule s'était assemblée et sous les yeux ébahis, l'homme qui les avaient interpellés exhiba un curieux animal :

Pour répondre aux multiples interrogations de l'auditoire (et des fidèles lecteurs d'omnilogie), présentons donc l'ornithorynque, puisque tel est son nom.
Cet animal de l'est de l'Australie fut découvert par les Européens à la fin du XVIIIe siècle.
Imaginez la réaction des scientifiques face au cadavre d'un tel animal ! Ils crurent d'abord à un canular, pensant qu'un taxidermiste avait créé de toutes pièces ce « monstre » – certains allant même jusqu'à chercher les points de couture !
Ne riez pas, ils avaient tout de même devant eux une créature digne des légendes, rivalisant avec toutes les créatures mythologiques : couverte de poils, avec un bec de canard, une queue de castor, des pattes palmées munies de griffes…
Mais l'ornithorynque est une créature bien réelle et à chaque fois qu l'on en sait un peu plus sur lui, il n'en devient que plus étrange. C'est un peu comme si quelqu'un avait réuni des caractères de différentes espèces en un seul et même animal : certains disent même qu'il est la preuve de l'humour de Dieu !
L'ornithorynque mesure entre trente et quarante centimètres et peut vivre une quinzaine d'années, atteignant sa maturité sexuelle à deux ans.
Il se nourrit de larves d'insectes aquatiques ou de petits invertébrés et passe donc une bonne partie de son temps dans l'eau à la recherche de nourriture. Nageant les yeux et les oreilles fermés, il repère ses proies en détectant le champ électrique émis par les contractions musculaires de ses victimes. Excellent nageur, il vit cependant sur la terre ferme, dans un terrier qu'il creuse à l'aide de ses griffes.

L'une des choses les plus étranges chez cet animal est sans doute son mode de reproduction. La femelle pond des œufs qui se développent pendant 28 jours dans l'utérus maternel, avant d'être couvés pendant 10 jours « normalement », c'est-à-dire à l'extérieur. À la naissance, les petits sont aveugles et dépourvus de poils.
Tout comme les mammifères, leur mère va alors les allaiter… à l'aide de glandes mammaires sous-cutanées ! La femelle émet son lait à travers les pores de sa peau et ses petits n'ont plus qu'à lécher les poils de leur mère où se sont amassées les gouttelettes de lait.
Aujourd'hui encore l'ornithorynque reste mystérieux car difficile à élever en captivité.
Réflexes archaïque… qu'est-ce que ce mot hideux qui, pourtant, désigne une très jolie chose ?
Les réflexes archaïques sont des mouvements automatiques qui sont indispensables à la survie du nouveau né.
Lors du premier examen médical, effectué par le pédiatre de l'enfant, celui-ci évalue le tonus musculaire et les réactions tactiles de son tout petit patient.
Ces réflexes sont au nombre de six :

Le premier réflexe est la marche automatique : lorsque l'on porte le bébé en position debout et qu'on le tient en position de marche, il démarre sans rechigner et continue à mettre un pied devant l'autre(14) ;

Le second réflexe est l'agrippement : le médecin, en posant son doigt dans la paume du nourrisson, provoque en premier temps la fermeture de ses doigts puis un agrippement tellement fort que l'on peut souvent soulever le bébé avec ses deux mains !

Le troisième est le réflexe de Moro : si l'on tire le haut des deux membres inférieurs (les jambes) tout en laissant tomber doucement la tête du bambin, on observe un écartement des membres supérieurs (ses bras) souvent suivi d'un petit cri ;

Le quatrième est appelé réflexe de succion : l'enfant suce instinctivement les objets ou doigts dans sa bouche ;

Le cinquième est le réflexe des point cardinaux : quand on touche le bord de la lèvre d'un bébé, il se tourne et émet un stimulus dans la direction que l'on vient de chatouiller ;

Le dernier, le réflexe du maintien de la tête : si on tire le bébé vers soi par les mains et les avant-bras, sa tête se maintient quelques secondes en position verticale avant de retomber en arrière…
Pourquoi ces réactions sont-elles indispensables à la survie de l'enfant, allez-vous me demander ?
C'est tout simplement que si elles étaient inexistantes, cela prouverait un mauvais fonctionnement neurologique.
Ces automatismes disparaîtront dès que le système neurologique du nourrisson sera plus mature, plus développé, c'est-à-dire environ une centaine de jours !
Autrement dit, ces petits jeunes savent marcher dès la naissance… mais oublient rapidement !