Prochain omnilogisme : 11/03/2010 à 0:00

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Qui suis-je ? Excellente question à laquelle je ne saurais répondre autrement que par « Moi ». Et plus précisément me direz-vous, assoiffés par la curiosité d'en apprendre plus sur ma vie ? Les seules choses que je révèlerai sont que je suis du genre féminin – enfin, c'est ce qui est marqué sur les papiers officiels – que je n'aime pas le réglisse (comment ça on s'en moque ? ) et que je suis intéressée par tout. Normal pour un omnilogiste, mais encore faut-il le préciser.

Comment en suis-je venue à participer sur ce site ? Je n'ai pas eu le choix, la menace de me faire battre était suffisante pour me convaincre ; me voilà donc ici depuis juillet 2009, ce qui, avouons-le, ne nous rajeunit pas. Mais d'un autre côté, on prend chaque jour à peu près vingt-quatre heures, alors forcément qu'on va en vieillissant, non ? Et à force de travail, me voilà promue censeuse depuis quelques temps, à traquer les fautes d'orthographe, mettre les bonnes balises aux bons endroits, faire des listes et changer les images de place… Le tout pour un salaire de misère que la décence m'interdit de révéler et des conditions de travail déplorables, toujours pressée… (enfin partis ? J'veux pas qu'ils me piquent mon travail, non mais oh ! )

Sinon, que puis-je ajouter d'inintéressant pour achever de vous convaincre que vous auriez mieux fait de lire un autre auteur ? Ah oui, je sais, parlons de ma passion pour les chatons en porcelaine et la cuisine coréenne au IXe siècle ! On me souffle dans l'oreillette qu'il faut être sérieux et ne pas faire peur… Bon, plus sérieusement – si, ça m'arrive et en plus, je fais des répétitions faute d'inventivité pour trouver un synonyme – j'aime tout et je ne mords pas – le premier qui dira le contraire repartira avec une magnifique empreinte dentaire sur le bras. Si un soir vous ne savez pas quoi faire, que vous avez envie de profiter de mon humour hautement intellectuel classé entre le « nul » et le « franchement atroce », n'hésitez pas !




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Sunday bloody sunday
Par Lagile | Le 28/02/2010 à 00:00:00

Peut-être, grâce au titre de cet article, venez-vous de reconnaître l'une des chansons phare du groupe irlandais U2(1), traitant de l'un des évènements les plus marquants du XXe siècle en Irlande : le Bloody sunday. En vérité, en près d'un siècle de cohabitation entre les Anglais et les Irlandais, il n'y a pas eu qu'un seul évènement tragique : il va donc falloir présenter les deux Bloody Sunday !

  1. Commençons donc par le premier, qui eut lieu le 21 novembre 1920.

    L'Irlande, ancienne possession anglaise, décide de se déclarer indépendante en 1919. Mais la manière dont le Dáil Éireann (le Parlement irlandais) valide la décision ne pousse pas les Anglais à les prendre au sérieux : des mouvements de colère commencent à apparaître dans le pays et la guerre débute réellement avec l'assassinat de deux policiers britanniques par l'IRA(2). C'est le début d'une partie de cache-cache géante entre les deux camps, l'IRA étant soutenue par la population – par exemple, des conducteurs de train ne voulant pas embarquer des soldats anglais, ou des habitants qui refusent de payer un impôt britannique.
    Perdant la face, les Anglais commencent à piller des villages, arrêtent des gens au hasard et en tuent certains pour « faire peur ». Finalement, une force paramilitaire sera créée : les Black and Tans(3), qui s'« amusent » encore plus que l'armée britannique. Les Auxiliaires, composés d'officiers spécialisés dans les guérillas, voient également le jour. Évidemment, les deux corps n'ont aucun ordre du gouvernement de brûler et piller tout ce qu'ils trouvent, mais bon, c'est pensé tellement fort qu'ils le comprennent ainsi(4). Mais on ne s'arrête pas là ! La guerre est définitivement ouverte lorsque le gouvernement britannique crée le Gang du Caire : dix-huit agents surentraînés flairant le nationaliste irlandais à des kilomètres à la ronde, épaulés par les Auxies (diminutif d'Auxiliaires).

    Finalement, on en arrive – « enfin ! » me semble soupirer le jeune homme dans le coin – au 21 novembre 1920. Ce jour là, des hommes de l'IRA tuent quinze membres du Gang du Caire ; en représailles, les Auxies décident d'aller se « détendre sur les Irlandais ». Il y a un match important de football gaélique à Croke Park : partant du principe qu'aucun Anglais sensé n'assiste à « cela », ils en déduisent par élimination que le stade sera rempli d'Irlandais. Ils tirent donc dans la foule, tuant quatorze personnes et en blessant soixante-cinq. Le 21 étant un dimanche, ce jour deviendra tristement célèbre sous le nom de Bloody Sunday (dimanche sanglant), premier du nom.

  2. Vous suivez encore ? Non, vous devant, ne bâillez pas ! Maintenant que vous semblez un peu plus réveillés, parlons du second Bloody Sunday.

    Nous voilà en 1972, toujours en Irlande. Cette fois, ce n'est plus tout à fait un problème Anglais vs. Irlandais, mais… Irlandais vs. Irlandais puisque l'opposition se fait entre les nationalistes irlandais (majoritairement catholiques), et les unionistes (plutôt protestants, qui prônaient un regroupement de tous les pays au sein du Royaume-Uni). Ces derniers « auraient bénéficié » du soutien de l'armée britannique (vu les tirs lors du second Bloody Sunday, le conditionnel est de trop ! ).

    La NICRA, regroupant divers mouvements réclamant l'égalité pour tous les citoyens nord-irlandais, ainsi que la fin des discriminations des protestants envers les catholiques(5), est fondée en 1967. Énorme avantage, elle accueille n'importe qui : on passe des communistes aux républicains en faisait un détour par les nationalistes, le tout mélangeant allégrement les religions. Dangerosité de la NICRA ? Ses actions faisaient passer Gandhi pour un dangereux terroriste ! En effet, elle prône la non violence et n'utilise que les marches, les manifestations et le sit-in.

    Revenons en à nos moutons, je sens que certains décrochent pour de bon… Le 30 janvier 1972, la NICRA décide de manifester pacifiquement à Londonderry (aussi appelé Derry) contre l'internement administratif(6), autorisé en 1971 par le Parlement. La manifestation dégénère et des parachutistes de l'armée britannique ouvrent le feu. Il existe actuellement deux versions de cette fusillade :

    • D'après les Anglais, les parachutistes ont été attaqués et auraient riposté le plus naturellement du monde pour se protéger ;
    • Pour les manifestants, les soldats se sont attaqués à eux car ils les savaient totalement désarmés, ce qui paraît logique au vu de l'idéal de la NICRA.

    Toujours est-il que vingt-huit manifestants sont atteints par les balles anglaises et quatorze décèderont des suites de leurs blessures. Ce second Bloody Sunday conduit à une recrudescence des sympathisants de l'IRA, relançant de manière importante la guerre civile en Irlande qui ne s'achèvera qu'en 1998 avec la signature de l'« accord de Belfast », prévoyant, entre autres, le désarmement des branches armées des partis politiques…


  1. (1) Pourquoi un tel nom ? Les services de renseignement d'Omnilogie tentent encore d'élucider cette question.
  2. (2) L'Irish Republican Army est un ensemble d'organisations paramilitaires qui luttaient contre la présence anglaise sur le sol irlandais.
  3. (3) Ce nom vient de la couleur de leur uniforme, vert sombre et kaki.
  4. (4) Winston Churchill, alors ministre, refusera de demander aux Black and Tans de réfréner leurs actions !
  5. (5) Rappelons que le gouvernement en place est soutenu par les britanniques, donc plutôt protestant.
  6. (6) L'individu se retrouve totalement privé de liberté, prouvant ainsi l'utilité de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme !
Un jugement tranché
Par Lagile | Le 18/02/2010 à 00:00:00

Si vous avez, parmi vos nombreuses qualités(7) l'impartialité et que vos amis font régulièrement appel à vous pour trancher, peut-être êtes-vous un lointain descendant de Salomon. Oui, parfaitement, vous m'avez bien lu : un descendant du roi d'Israël(8) !
Reprenons cette expression du « jugement de Salomon », que vous avez très certainement déjà entendue – je vous rappelle que vous êtes censé être impartial ! – à votre propos. D'où vient-elle, peut-on l'utiliser sans restriction – ah, l'éternelle question des droits d'auteur –, bref : comment s'en servir ?

Remontons quelques siècles en arrière : vous voilà au IXe siècle avant J.-C., en Israël. Pour corser un peu le jeu, imaginons que vous êtes le roi de ce pays. Pour l'instant, pas trop difficile : vous menez la grande vie, les peuples autour de vous sont unifiés grâce à votre sagesse, bref, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Là, deux prostituées arrivent – à l'époque, cela était autorisé – et viennent vous demander quelques instants pour trancher une épineuse question. En effet, ces femmes ont accouchées récemment dans une même maison, chacune donnant naissance à un enfant en pleine forme. Le problème ? L'une prétend que l'autre, en dormant, aurait écrasé son bébé et plutôt que d'assumer son geste, aurait échangé les deux rejetons, lui donnant le nouveau-né décédé. Ne reconnaissant pas son enfant au lever du jour, une dispute entre les deux aurait éclaté, les menant devant le roi – c'est-à-dire vous – pour les départager. La question est donc : qu'auriez-vous fait ?
Reprenons le véritable cours de l'histoire, plutôt que d'imaginer ce pauvre homme jouant à « am stram gram… ». Salomon, ayant quelques notions sur les instincts maternels, demande à un de ses gardes de s'approcher. Il ordonne à l'homme de couper en deux l'enfant qui est en vie et d'en donner la moitié à chacune. L'une s'oppose immédiatement à cette décision, préférant laisser l'enfant en vie à sa rivale que de le voir mourir ; tandis que l'autre se réjouit de ce choix « judicieux ». Le roi sait alors qui est la véritable mère, au grand étonnement de tous. Il se penche vers la première femme et lui confie le nourrisson.

Du coup, il est plutôt flatteur de se faire décerner le titre de Salomon quand vous résolvez astucieusement un conflit, n'est-ce pas ?


  1. (7) Première règle : toujours flatter son lectorat, surtout les lecteurs d'Omnilogie !
  2. (8) Même si rapprocher une qualité morale d'un quelconque bagage génétique est relativement aberrant…
Psychiatre, psychologue, psychanalyste et psychothérapeute
Par Lagile | Le 13/02/2010 à 00:00:00

Depuis que Freud(9) – oui, celui qui parle du complexe d'Œdipe – est passé par là, nous assistons à un véritable boom des psychanalystes, psychologues, psychothérapeutes et autres psycho-quelque-chose.
Alors dans cette accumulation de profession, sauriez-vous dire qui est qui ?

  • Commençons avec le psychiatre. Docteur en médecine, il s'est spécialisé après six ans de longues et douloureuses études(10). Il est apte, après ses cinq ans de spécialisation, à suivre des malades psychiatriques et à prescrire des médicaments comme tout médecin. On le retrouve plutôt dans le domaine des maladies lourdes, comme la schizophrénie ou la maniaco-dépression, mais vous le croiserez peut-être dans les hôpitaux psychiatriques et les prisons, où il a également un rôle d'écoute.
    Socialement, le psychiatre a un avantage indéniable : étant médecin, ses consultations sont remboursées par la Sécurité sociale, ce qui permet à tous d'être suivi sans se soucier du coût de la prise en charge.

  • Le psychologue n'a pas de formation aussi longue que celle de son homologue médecin, mais il a quand même fait cinq ans d'études en psychologie (certains vont même jusqu'à huit ! ). Ce sont ceux que l'on rencontre le plus souvent, car il existe plusieurs spécialités(11) qui « répondent » à des besoins plus ciblés. Les rendez-vous se font en face à face, comme pour le psychiatre, même si l'on distingue différents types d'entretiens(12) :

    • L'entretien directif : là, pas le choix, le psychologue vous pose des questions ouvertes (impossible d'éluder d'un simple « oui » ou « non » ! ) auxquelles vous répondez. Ici, c'est plutôt sur les épaules du praticien que repose l'entretien.
    • L'entretien semi-directif : vous êtes un peu plus libre. Cette fois, vous décidez avec le psy de quels sujets vous allez parler et il vous écoute, posant des questions pour guider votre récit. C'est vous qui menez la discussion, mais le psychologue vous relancera s'il voit que vous n'abordez pas certains thèmes.
    • Enfin, l'entretien non directif est celui où l'on décide d'un « thème », qui peut être aussi bien votre famille que votre anatidæphobie. Cette fois, vous choisissez le sujet qui vous tient à cœur et le psy vous laisse parler en tentant de comprendre pourquoi vous réagissez ainsi devant une telle situation. Bref, il fait preuve d'empathie.
  • Nous en arrivons au psychanalyste. C'est un cas particulier, ni médecin, ni étudiant. Mais qu'est-il alors ‽ Eh bien… on devient psychanalyste avec, comme unique condition, d'avoir suivi une psychanalyse qui a réussi. Du coup, si ça vous tente, il faut passer devant une commission chargée de savoir si vous avez réussi à comprendre les réels motifs de votre comportement, et donc à écouter les gens. En effet, en psychanalyse, le praticien se place derrière vous pour ne pas interférer avec vos propos(13) et les interpréter sans être « parasité ». Autant dire que si vous cherchez le dialogue, il vaut mieux abandonner le psychanalyste !
  • Dernière profession, le psychothérapeute. Là, c'est encore un cran « en-dessous » du psychanalyste, car tout le monde peut s'installer avec une plaque annonçant « psychothérapeute », le nom n'étant pas déposé et aucune étude ne permettant son obtention. Mais la loi – du moins en France – devrait prochainement changer afin de réglementer l'apparition du « psychothérapeute », qui, pour l'instant, représente des réalités assez diverses : on passe aussi bien du psychiatre ayant tiré des leçons d'authentiques psychologues au caissier du supermarché du coin qui s'y connaît autant dans le domaine que moi en biologie moléculaire (comprendre : pas du tout) ! Bref, pour le moment, mis à part conseiller la prudence et se renseigner sur les capacités de votre psychothérapeute, rien de plus à ajouter.

Après ce petit tour d'horizon des quelques déclinaisons du psykhế (l'esprit ou l'âme, selon les traductions) n'ayez plus le mauvais goût d'« insulter » un étudiant en le traitant de « psychothérapeute » !


  1. (9) Enfin lui, c'est plutôt la partie psychanalyse, pour la psychiatrie en elle-même, voyez plutôt Charcot et d'Esquirol.
  2. (10) Ne cherchez pas à rencontrer d'étudiants de médecine en première année : ils vivent reclus, ne voient plus la lumière du jour et ont même oublié le sens du mot « repos » !
  3. (11) Le psychologue clinicien, mais également le psychologue scolaire, celui qui sera spécialisé en neuropsychologie, la psychologie communautaire, etc.
  4. (12) Du moins, pour la psychologie dite clinique, l'une des plus courantes.
  5. (13) La méthode a été créée sous Freud et est reprise par les analystes de nos jours.
La dictée impossible
Par Lagile | Le 05/02/2010 à 00:00:00

Souvenez-vous de vos jeunes années passées sur les bancs scolaires, à retenir des noms d'empereurs ou à subir les affres des matières littéraires. Vous parvenez à vous revoir, le stylo-plume à la main – car oui, en ces temps reculés, vous étiez obligé d'en avoir un – vous demandant comment on accorde ces satanés participes passés féminins ou comment orthographier certaines expressions, etc. Bref, le français et ses fameuses dictées, c'était la galère et vous êtes heureux d'en être sorti.

Imaginez maintenant que vous soyez l'impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, et que vous ayez envie de vous distraire. Évidemment, dois-je le rappeler, les moyens sont relativement réduits ! Elle fait donc appel à Prosper Mérimée, un écrivain et historien français. Et là, plutôt que de lui demander un récit sur une civilisation lointaine – ou, pour faire simple : un roman –, elle souhaite… une dictée. Oui, mesdames et messieurs, l'un des pires moyens de torture(14) de l'éducation des collégiens était un divertissement deux siècles auparavant !
Prosper arrive donc, fier comme un coq d'être sollicité par l'impératrice en personne, et laisse un des textes de référence pour les enseignants sadiques que nous avons pu connaître au cours de notre scolarité. Rien que pour la beauté du regard, je vous laisse savourer l'œuvre de l'écrivain :

Pour parler sans ambiguïté, ce dîner à Sainte-Adresse, près du Havre, malgré les effluves embaumés de la mer, malgré les vins de très bons crus, les cuisseaux de veau et les cuissots de chevreuil prodigués par l'amphitryon, fut un vrai guêpier.
Quelles que soient et quelqu'exiguës qu'aient pu paraître, à côté de la somme due, les arrhes qu'étaient censés avoir données la douairière et le marguillier, il était infâme d'en vouloir pour cela à ces fusiliers jumeaux et mal bâtis et de leur infliger une raclée alors qu'ils ne songeaient qu'à prendre des rafraîchissements avec leurs coreligionnaires.
Quoi qu'il en soit, c'est bien à tort que la douairière, par un contresens exorbitant, s'est laissé entraîner à prendre un râteau et qu'elle s'est crue obligée de frapper l'exigeant marguillier sur son omoplate vieillie. Deux alvéoles furent brisés, une dysenterie se déclara, suivie d'une phtisie, et l'imbécillité du malheureux s'accrut.
— Par saint Martin, quelle hémorragie, s'écria ce bélître !
À cet événement, saisissant son goupillon, ridicule excédent de bagage, il la poursuivit dans l'église tout entière.

— Prosper Mérimée

Plutôt jolie, n'est-ce pas ? L'empereur fit soixante-quinze fautes, sa femme remontant légèrement le niveau en n'en faisant « que » soixante-deux ; Alexandre Dumas père se prit au jeu et dépassa de peu les vingt fautes. Seul Metternich, l'ambassadeur d'Autriche, eut un score tout à fait honorable : trois fautes !
M. Dumas lui aurait alors demandé quand il comptait se présenter à l'Académie français pour [leur] apprendre l'orthographe, légèrement dépité devant la supériorité orthographique de Metternich.

Si vous voulez étonner vos amis, vous pouvez tenter de l'apprendre par cœur et de la réciter devant leurs yeux éblouis, ou, plus simplement mentionner le fait qu'il existe deux versions de cette fameuse dictée : vos invités seront soufflés devant tant de savoir – vous êtes un lecteur d'Omnilogie je vous rappelle, vous pouvez les étonner – et ne chercherons pas plus loin, vous évitant ainsi quelques débats houleux sur « ai-je bien accordé ? » !


  1. (14) Rassurez-vous : la dictée est totalement bannie dans les centres pénitentiaires !
Ô Icare, suspends ton vol !
Par Lagile | Le 18/01/2010 à 00:00:00

Que celles et ceux qui n'ont jamais voulu voler de leurs propres ailes – au sens propre j'entends – se fassent connaitre ! Personne ? Rien de surprenant à cela – il faut dire qu'à force de lire Peter Pan, voir des avions décoller tous les jours etc. il y a de quoi vouloir à son tour prendre un peu de hauteur. Mais quelques millénaires plus tôt, bien avant que Sir James Matthew Barrie ne popularise les E.V.N.I, il faut savoir qu'Icare avait déjà ouvert la voie.

Icare(15) était le fils de Dédale, l'architecte du fameux labyrinthe éponyme. Hélas, aider la fille de Minos n'a pas été la meilleure idée de Dédale : en effet, seul lui savait comment sortir de cet endroit et c'est donc grâce à son intervention que Thésée réussit à sortir du labyrinthe une fois le Minotaure achevé. Le roi se mit en colère, car en théorie, personne ne peut s'extraire de ce piège mortel ! Il emprisonna alors notre pauvre Dédale dans sa propre construction, accompagné de son fils – Icare.
Après un moment à tourner en rond, l'architecte dut se rendre à l'évidence : il était très doué pour créer des endroits dont on ne pouvait s'échapper. La preuve, lui-même n'y parvenait pas ! Mais un éclair de génie le frappa : la fuite peut être entravée par la terre et par l'eau, mais l'air et le ciel sont libres. Voilà donc notre ami qui crée deux paires d'ailes, cousant les plumes les plus longues et fixant les plus courtes avec de la cire ; puis harnachant l'ensemble dans le dos… par de la cire. En père prévenant, il demande à son fils de ne pas voler trop haut – le Soleil ferait fondre la cire – ni trop bas – les embruns de la mer tremperaient les plumes.
Père et fils prennent donc leur envol et s'en tirent plutôt bien pour des humains ; mais voilà qu'Icare, comme la plupart des enfants, décide de ne pas écouter son père(16) et se rapproche de plus en plus du Soleil sans se soucier des gouttes de cire qui perlent sous lui. Eh oui, celle-ci est bel et bien en train de fondre ! Ses ailes finissent par rompre, faisant chuter l'adolescent dans la mer.

Que retenir de cette histoire ? Peut-être qu'il faut écouter ses aînés, mais surtout, que le ciel n'est pas réellement adapté à l'homme ; à moins que dans l'avenir, la génétique ne fasse des progrès considérables !


  1. (15) Encore un personnage grec, décidément…
  2. (16) Dommage qu'ici, ça lui ait coûté la vie.
Allégorie, anthropomorphisme et personnification
Par Lagile | Le 31/12/2009 à 00:00:00

Ah, les joies du français et de ses termes spécifiques pour désigner des notions spécifiques ! Du coup, on se retrouve avec plusieurs mots qui désignent des idées très proches, comme « anthropomorphisme », « personnification » et « allégorie »… Mais alors, comment s'en sort-on pour définir avec précision un concept ?

L'allégorie est la moins pénible des trois : c'est une figure de style qui désigne la représentation d'une idée abstraite par quelque chose de « concret » : par exemple, on représente souvent la Mort par un squelette encapuchonné tenant une faux dans la main(17). Sinon, en France, on a aussi une sympathique allégorie de la République : Marianne. Eh oui, la femme la plus célèbre de France symbolise quand même la Révolution et la liberté promise par cette dernière !

Mais revenons-en à nos moutons, et maintenant que le cas le plus simple a été abordé, parlons donc de la personnification. Je pourrais jouer au dictionnaire et vous dire qu'il s'agit l'action de personnifier(18), mais cela ne vous avancerait pas énormément. Définissons donc : la personnification est sensiblement la même chose que l'allégorie ; sauf qu'elle permet également d'attribuer des propriétés humaines à un objet ou à un animal, qui va donc agir ensuite, comme n'importe quel humain normal(19). La « chose » personnifiée peut parler, agir et écouter ce qu'on a à lui dire. Par exemple, avez-vous déjà réellement entendu des branches hurler à cause du vent ou des volets gémir pour la même raison ? Non ? C'est plutôt rassurant, vu que ces deux verbes font référence à des attitudes humaines… Enfin, si cela vous arrive un jour, prévenez-nous !
La subtile nuance entre l'allégorie et la personnification, selon Patrick Bacry (un linguiste français), serait que l'allégorie est toujours universelle, tandis que la personnification s'applique dans une situation donnée pour un temps assez bref.

Mais si la personnification permet de donner des attitudes humaines à des animaux ou des objets, à quoi peut donc servir l'anthropomorphisme  ‽
À l'origine, ce terme vient du latin ecclésiastique(20) anthropomorphita, qui signifie « hérétique qui attribuait à Dieu la forme humaine » : nous serions donc en présence d'une figure de style pour divinité à apparence humanoïde. Par extension (et aussi par narcissisme), l'anthropomorphisme désigne aussi un mécanisme qui ressemble à un homme, comme les robots.
« Et sa ressemblance avec la personnification alors ? » vous demandez-vous, avec raison. Eh bien, on peut aussi attribuer des réactions humaines à tout ce qui ne l'est pas : si votre vieille voisine parle avec ses chats comme avec le facteur, vous avez un bon exemple d'anthropomorphisme !

Au final, on peut avoir du mal à distinguer certaines notions les unes des autres, mais si vous vous rappelez des exemples qui ne peuvent pas s'appliquer à deux mots, vous pouvez vous en sortir et impressionner votre entourage en étalant votre savoir lors des repas de famille traditionnels en cette saison !


  1. (17) Enfin… Dans ce qui lui reste d'os pour constituer une main.
  2. (18) Vous pouvez vérifier dans l'édition du Petit Robert 2008, c'est écrit tel quel…
  3. (19) On présume ici que celui que l'on personnifie aura un minimum de réaction, mais ça marche aussi s'il est un peu perdu.
  4. (20) C'est-à-dire le latin « savant », pas le vulgaire latin parlé par le peuple, voyons !
Globules rouges et moustiques
Par Lagile | Le 21/12/2009 à 00:00:00

L'hiver, la neige, le froid… certains y préfèrent, même à cette saison, la chaleur estivale des tropiques, les cocotiers, les maladies exotiques… En effet, il vaut toujours mieux revenir avec quelque chose de « rare » sous nos latitudes qu'avec un simple rhume ! Mais rappelez-vous qu'ailleurs – comme en Afrique subsaharienne, en Asie ou encore au Moyen-Orient – aussi, il existe des maladies plutôt handicapantes, tel le paludisme.

Cette maladie est liée à l'anophèle, une sorte de moustique qui, lorsqu'elle pique, (21) va transmettre un parasite : le Plasmodium. Ce dernier migre rapidement vers le foie du malade, s'installe bien confortablement dans ses cellules et commence à se reproduire. Une fois son armée constituée, les cellules de l'hôte éclatent et le parasite déménage avec tous ses petits camarades dans vos globules rouges, les faisant régulièrement exploser(22).
« C'est bien gentil de vouloir nous faire peur avec ça, mais qu'est-ce que ça provoque ? » me demandez-vous, légèrement inquiet. Eh bien fièvres, maux de tête, frissons, nausées… bref, que des choses bien sympathiques ! Surtout que si le paludisme n'est pas soigné, il peut évoluer vers quelque chose d'assez grave(23)

En exclusivité, vous allez donc découvrir le moyen de vous passer des désagréments de cette maladie : grâce à la drépanocytose, oubliez le paludisme ! « La dépra-quoi ? » vous empressez-vous de m'interroger, changeant sans vergogne le r de syllabe…
Il s'agit d'une maladie génétique qui va modifier la forme de vos globules rouges (grâce au changement d'une base – l'adénine – en une autre – la thymine – sur votre ADN(24), ce qui entraîne un changement dans la manière dont seront fabriquées vos futures hématies. Les malades atteints de drépanocytose possèdent deux fois l'allèle(25) HbS et ont des globules en forme de faucille, comme sur la photo ci-dessous.
Un globule rouge falciforme
En plus de ne pas être ronds, ces globules sont rigides, ce qui empêche leur passage dans les capillaires sanguins les plus fins ; du coup les malades sont atteints d'anémie dite « falciforme » en plus d'autres problèmes de santé (comme des soucis de circulation sanguine).

Pas vraiment pratique me direz-vous, à juste titre ! Mais attendez avant de hurler que mon idée est mauvaise… Un individu peut être hétérozygote(26) : il a alors le fameux allèle HbS et l'allèle sain, que la majorité de la population possède, HbA. Là, c'est le bonheur : non seulement l'individu ne souffre pas de la drépanocytose – pas de quoi faire un marathon tout de même– mais en plus, il ne sera pas atteint par le paludisme.
Mais comment cela se fait-il ? C'est très simple : notre ami Plasmodium aime les globules rouges bien ronds, faciles à pénétrer, et ceux des drépanocytaires, en cristallisant et en devenant rigides, ne permettent pas au parasite de s'installer et de se multiplier. Bien sûr, ceci est aussi valable pour les individus homozygotes, mais généralement, ils profitent moins de cet avantage…

Évidemment, plutôt que d'attraper une maladie génétique grave et risquer de la transmettre, il existe des traitements préventifs très efficaces qui vous garantirons des vacances sans chasse aux moustiques. Ou plus simple : restez en France, il n'y a que peu de chance que l'un de ces insectes vous pique ici !


  1. (21) Un insecte pique principalement pour se nourrir et récupérer de l'énergie pour pondre ses œufs.
  2. (22) Toute analogie avec les artificiers est à proscrire !
  3. (23) Oui, on peut considérer que la mort est relativement grave. Et définitive.
  4. (24) Il est composé de quatre bases différentes qui se combinent deux à deux : l'adénine, la thymine, la cytosine et la guanine.
  5. (25) Un allèle est une version d'un gène
  6. (26) Cette fois, l'individu possède deux allèles différents ; celui qui a deux fois le même est appelé homozygote.
Frère des ours ou comment se sortir d'une mauvaise rencontre
Par Lagile | Le 13/12/2009 à 00:00:00

Le suspens est insoutenable depuis que vous savez différencier l'ours noir du grizzli, n'est-ce pas ? Vous espérez connaître la recette miracle pour échapper à une confrontation avec l'animal ? La suite est pour vous.

Que peut-on faire face à un plantigrade ? Déjà, pas de mouvement brusque, cela fait peur et ne risque pas vraiment de calmer le “gentil nounours” qui est en face de vous. Vous pouvez tenter de lui parler, mais là, pas la peine de monter dans les aigus, sauf si votre but est de l'agacer. Si vous utilisez une voix neutre et calme, c'est gagné : il comprendra que vous n'êtes pas un ennemi. Autre solution : faire le mort. Oui, parfaitement, vous vous couchez par terre en position fœtale, les mains sur la nuque histoire d'éviter un coup de griffe s'il tente de vous retourner(27), et le sac qui reste sur le dos par la même raison. Là, il ne vous reste plus qu'à attendre patiemment que « l'intrus » s'en aille, ce qui ne manquera pas d'arriver, vu qu'un humain « mort » est assez peu intéressant pour lui. En effet, et c'est plutôt rassurant, l'ours ne mange pas nos congénères ! Bien sûr n'oubliez pas de respirer, ça serait bête de mourir asphyxié alors que vous venez de lui échapper.

Dans tous les cas, pour éviter de mauvaises rencontres, le premier conseil est de ne pas laisser traîner la nourriture : ours et grizzlys sont assez sensibles aux odeurs dégagées. Par la même occasion, ne faites pas la vaisselle trop près du campement, sinon, vous risquez de voir débarquer ces fameux voisins !
On évite également d'aller voir l'ourson qui paraît seul en se rappelant de Winnie l'Ourson, dans la réalité, Maman Ourse risque de vous taper, et, autant vous le dire, vu la taille des griffes, ça doit faire mal(28). Dernier conseil de bon sens, pensez à faire un minimum de bruit quand vous vous promenez, cela évite de tomber nez à nez avec un plantigrade qui pensera que vous voulez l'attaquer !

Enfin, le meilleur moyen d'éviter ce genre de rencontres reste quand même de partir dans un lieu où il n'y a ni ours noir, ni grizzli…
L'agent 212 Tome 15, « L'appeau de l'Ours »


  1. (27) Mieux vaut une main blessée qu'une nuque, avec la colonne vertébrale à proximité.
  2. (28) Je vous laisse le soin d'expérimenter seul les dégâts.
Ours et grizzli ou le jeu des sept familles
Par Lagile | Le 05/12/2009 à 00:00:00

Les balades en forêt, le camping sauvage, les voisins agréables… Mais soudain, un voisin un peu trop grand, un peu trop lourd, et surtout assez poilu, vous rend visite. Mais que faut-il faire devant ce que l'on nomme communément un ours ? L'inviter calmement à partager votre repas ? Prendre la fuite ou que sais-je encore ?
Déjà, si vous vous baladez au Canada, il faut savoir à qui vous avez affaire. En effet, on trouve là-bas des ours noirs et des grizzlis.
Je vous entends déjà me dire « Mais… C'est grand, griffu, poilu et dangereux, pourquoi aurait-on besoin de savoir les différencier  ‽  » Je vais donc tenter de répondre à cette question.

  • Ours noir
    L'ours noir est plutôt petit – ce qui est assez étrange à dire d'un ursidé, on est d'accord – et assez trapu : un petit mètre vingt au garrot, environ cent-cinquante centimètres de long pour un poids de 70 kg chez ces dames et d'environ 100 kg pour ces messieurs. Si vous en croisez un, un conseil : rien ne sert de courir(29), il atteint une vitesse de pointe de 55 km/h(30). Et grimper aux arbres n'est pas plus efficace… En effet, ce cher animal escalade facilement les troncs grâce à ses griffes, courtes et incurvées, et des muscles qui feraient pâlir les athlètes les plus entraînés !

  • Grizzli
    Le grizzli est un poil plus impressionnant que son cousin : entre 150 et 250 cm de longueur, un poids qui varie de 180 à 700 kg ( ! ) chez le mâle et de 90 à pratiquement 300 kg chez la femelle. L'envie d'aller les câliner est déjà moins tentante, n'est-ce pas ? Et généralement, il ne cherche pas à comprendre pourquoi vous êtes là : si vous pouvez représenter une menace pour ses enfants ou que vous êtes un obstacle entre lui et sa nourriture, ce n'est pas bon pour vous ! Si vous avez un arbre à proximité, vous pouvez tenter d'y grimper cette fois, à condition d'aller vite et haut, parce que tout de même, sur ses pattes arrières il peut atteindre 2,5 m (et quand il tend ses pattes avant, je ne vous en parle même pas) : bref, vous avez intérêt à avoir conservé vos souvenirs de la corde lisse !

Mais alors, que faire ? À suivre…


  1. (29) Il faut partir à point !
  2. (30) Actuellement, l'homme le plus rapide ne fait « que » du 37,5 km/h sur 100 m !
Œdipe, un homme complexé
Par Lagile | Le 21/11/2009 à 00:00:00

On a tous entendu parler de ce fameux complexe d'Œdipe, mais… Qui était véritablement ce pauvre garçon dont le nom est (re)devenu célèbre grâce à Freud(31) ?

Eh bien, remontons… hum, au mariage de Laïos et de Jocaste. Le roi de Thèbes – Laïos donc – voulut savoir si tout irait « pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles… »(32) et consulta l'oracle de Delphes. Manque de chance, il paraîtrait que l'enfant qui naîtrait de ce mariage allait le tuer. Il repart donc inquiet, et quand Jocaste lui annonce qu'elle est enceinte, c'est la fin. L'enfant qui voit le jour est donc abandonné sur le mont Cithéron – la légende veut qu'il fut suspendu par les pieds ! – et est trouvé par un berger, qui prend pitié de l'enfant et commence son éducation. Finalement, Œdipe est adopté par le roi et la reine de Corinthe.

Fin de l'histoire ? Que nenni ! Notre pauvre ami se décide lui aussi à consulter un oracle qui lui annonce qu'il sera le meurtrier de son père et l'époux de sa mère. Étant persuadé que le roi et la reine sont ses véritables parents, il quitte Corinthe et se dirige vers Thèbes, où il dispute avec un homme qu'il tue sous la colère. Ce malheureux vieillard était en réalité Laïos : Œdipe vient de réaliser la première partie de son destin sans le savoir.
Le voilà donc à Thèbes, où le Sphinx(33) tue toute personne ne pouvant répondre à son énigme « Quel est l'animal qui a quatre pattes le matin, deux le midi et trois le soir ? ». Manque de chance, notre complexé trouve la solution(34), débarrassant la ville de ce fléau. Il épouse donc Jocaste, en plein deuil. La deuxième partie s'accomplissait…

De ce mariage naquirent plusieurs enfants – dont la célèbre Antigone ! – ce qui provoqua une épidémie de peste dans la ville. À nouveau, on consulte l'oracle, qui annonce que les Thébains auraient dû venger la mort de leur ancien roi. Œdipe se met donc à la recherche du meurtrier, sans se douter qu'il s'agit de lui-même… Il va faire la lumière sur ses origines et se découvre à la fois parricide et incestueux. Sa femme se suicide en apprenant la nouvelle et le roi se crève les yeux…

Ensuite, les versions divergent sur la manière dont il vécut et mourut.
En tout cas, l'Histoire a retenu son nom grâce à la psychanalyse, où il symbolise le stade durant lequel un enfant va vouloir épouser le parent de sexe opposé tout en souhaitant « tuer » l'autre.


  1. (31) Mais oui, le psychanalyste !
  2. (32) Serais-je en train de confondre avec Candide de Voltaire ?
  3. (33) Non, pas ce sphinx  !
  4. (34) L'Homme, la journée symbolise sa vie où il passe de bébé à adulte et d'adulte à vieillard.
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