L'infini, c'est bien beau, mais impossible de l'atteindre !
Il reste à nommer commodément les grands nombres… et bientôt les petits.

Sans compter comme un petit enfant : 1, 2, beaucoup(1), ce qui est un peu frustrant, alors nous comptons les unités, puis nous les regroupons en dizaines(2) et quand nous avons trop de dizaines, nous créons les centaines etc.
Les enfants questionnent très vite : et après ? les milliers. Mais diable ! ils continuent : et après ? et après ? et après ? et on finit par être bêtement à court de réponses !
Voulant satisfaire leur légitime curiosité, on explique le groupe des unités (avec unités, dizaines et centaines), puis le groupe des milliers (avec unités, dizaines et centaines), puis le groupe des millions (avec unités, dizaines et centaines), puis le groupe des milliards (avec unités, dizaines et centaines) et on perd patience pour cacher notre ignorance, mille milliards de mille millions de mille sabords(3) !

Avant la notation scientifique(4), si pratique à écrire, sans enfiler les zéros comme des perles, et tout aussi pratique à lire et nommer, les grecs parlaient de myriades(5), Archimède parlait ainsi de nombres de premier ordre, puis de myriades de myriades, nombres de deuxième ordre… jusqu'aux nombres de « myriadième » ordre.
Plus tard, on a attribué les noms des grands nombres en privilégiant soit des sauts de milliers en milliers, donc de 103 en 103 (système de Gillion), soit des sauts de millions en millions, donc de 106 en 106 (système de Nicolas Chuquet).
Bien que ces noms ne soient jamais utilisés, car ils n'ont aucune utilité pratique(6)  !
voici pour la gloire de Nicolas Chuquet(7) :

le million 106 = 1 000 000
le billion 1012 = 1 000 0002
le trillion 1018 = 1 000 000 3
le quadrillion 1024 = 1 000 0004
le quintillion 1030 = 1 000 0005
le sextillion 1036 = 1 000 0006
le septillion 1042 = 1 000 0007
le octillion 1048 = 1 000 0008
le nonillion 1054 = 1 000 0009
le décillion 1060 = 1 000 00010

C'est bien beau la gloire ! Mais avec l'avènement du système métrique, les utilisateurs apprécient des unités adaptées à l'ordre de grandeur des mesures qu'ils utilisent couramment(8) : on a donc créé des multiples et des sous-multiples des principales unités.
Faisant appel à des préfixes grecs pour les multiples et latins pour les sous-multiples, tous les écoliers apprennent désormais à convertir centimètres, hectomètres et autres…
Victimes d'une perte de sens, le kilogramme s'est vu raccourci abusivement en « kilo » et certains collégiens m'ont parlé de « minimètres » inquiétants…

Les investigations humaines s'étendent vers l'infiniment grand comme vers l'infiniment petit et d'autres préfixes(9) ont rejoint ceux que nous utilisons quotidiennement :

Tableau des unités
Quantité Préfixe Abrév.
Quantité Préfixe Abrév.
1024 1 000 000 000 000 000 000 000 000 yotta Y
1021 1 000 000 000 000 000 000 000 zetta Z
1018 1 000 000 000 000 000 000 exa E
1015 1 000 000 000 000 000 peta P
1012 1 000 000 000 000 téra T
109 1 000 000 000 giga G
106 1 000 000 méga M
103 1 000 kilo k
102 100 hecto h
101 10 déca da
100 1 unité
10-1 0,1 déci d
10-2 0,01 centi c
10-3 0,001 milli m
10-6 0,000 001 micro µ
10-9 0,000 000 001 nano n
10-12 0,000 000 000 001 pico p
10-15 0,000 000 000 000 001 femto f
10-18 0,000 000 000 000 000 001 atto a
10-21 0,000 000 000 000 000 000 001 zepto z
10-24 0,000 000 000 000 000 000 000 001 yocto y

Voyons si vous suivez :
Une mégatonne vaut un million de tonnes, et la tonne – vieille unité encore utilisée – vaut mille kilogrammes, donc un million de grammes donc un mégagramme, donc une mégatonne vaut un téragramme !

Ça peut aussi se chanter !
« Méga fois giga font peta ! Pico fois micro font atto ! Zetta fois yocto font milli ! »


  1. (1)

    On estime que notre œil, comme pour des oiseaux évolués comme les corbeaux, est capable de reconnaître globalement la quantité « quatre » sans énumérer, à peine plus !
    C'est-à-dire que, si on jette sans disposition particulière quatre cailloux devant nous, nous pouvons, sans compter 1, 2, 3, 4, déclarer d'emblée : il y en a quatre. Nous reconnaissons aussi les dispositions codifiées comme les faces du dé, mais c'est un autre processus. De même, un berger africain est capable sans compter de dire qu'il lui manque une bête, c'est encore un autre phénomène.

  2. (2) Ou en paquets de 5 comme les mayas, ou en paquets de 20, de 12, de 60… mais la numération en base 10 est devenue universelle.
  3. (3)

    Ça fait tout de même
    103 × 109 × 103 × 106 × 103} = 1024 = 1 000 000 000 000 000 000 000 000 de sabords !

  4. (4) Notation qui existe depuis 1800 ! 100 = 102, 1 000 = 103, 10 000 = 104, etc.
  5. (5) Une myriade vaut, en notation scientifique, 104 soit 10 000.
  6. (6) On peut aussi parler du gogol, mais ça devient encore plus inutile !
  7. (7) Vous pourrez aussi briller en société, mais c'est difficile à caser !
  8. (8) Le chargement d'un camion en grammes ou son parcours de Paris à Dunkerque en mètres sont aussi difficiles à manier que la masse de fluor dans un cachet en grammes ou l'épaisseur d'un cheveu en mètre.
  9. (9) Atto (1964) du danois atten 18. Centi (1795) du latin centum cent. Déca (1795) du grec deka dix. Déci (1795) du latin décimus dixième. Exa (1975)du grex hexa six. Femto (1964) du danois femten 15. Giga (1960) du grec gigas géant. Hecto (1795) du grec hekaton cent. Kilo (1795) du grec khilioi 1 000. Méga (1960) du grec mégas grand. Micro (1960) du grec mikros petit. Milli (1795) du latin mille. Nano (1960) du grec nanos nain. Péta (1975) du grec penta cinq. Pico (1960) de l'italien piccolo petit. Téra (1960) du grec téras monstre. Yocto et yotta (1991) évoquent huit (8ème puissance de 10-3 et 103). Zepto et zetta (1991) évoquent sept (7èmepuissance de 10-3 et 103).