Monter un zèbre
Peut-on monter un zèbre comme on monte un cheval ?
Le zèbre, c'est un peu un cheval en pyjama. Ou en prison. On pourrait donc penser qu'il suffirait de lui mettre une selle pour galoper dans la savane africaine. Eh bien non. Et ce n'est pas faute d'avoir essayé.
Au XIXe siècle, les colons européens en Afrique ont eu la même idée : pourquoi importer des chevaux coûteux qui meurent des maladies locales, alors qu'on a sous la main des équidés rayés et immunisés ? Le zoologiste britannique Lord Walter Rothschild est même allé jusqu'à conduire un attelage de zèbres jusqu'à Buckingham Palace en 1895. Rosendo Ribeiro, premier médecin de Nairobi, faisait paraît-il ses visites à dos de zèbre.
Inspirée, l'armée allemande en Afrique de l'Est a tenté de créer des hybrides zèbre-cheval pour ses troupes.
Résultat ? Un échec cuisant.
Car le zèbre, contrairement à son cousin le cheval, est ce qu'on pourrait poliment qualifier d'un sale caractère. Là où le cheval sauvage, face à l'humain, voit un ami potentiel, le zèbre voit un prédateur dont le crâne doit être enfoncé. Et il en est capable : un zèbre peut tuer un lion d'un seul coup de sabot arrière. Il mord aussi, et selon certains témoignages, ne lâche pas prise tant que sa victime bouge encore.
Cette agressivité n'est pas un défaut : c'est une adaptation. Les zèbres ont évolué entourés de lions, guépards et hyènes. La sélection naturelle les a forgés pour réagir au quart de tour à la moindre menace. Contrairement aux chevaux d'Eurasie qui vivaient dans des environnements moins hostiles, le zèbre africain a développé des réflexes de survie incompatibles avec la domestication.
Il y a aussi un problème de morphologie : le dos du zèbre est plus plat, moins adapté pour porter un cavalier. Ajoutez à cela une taille de poney (environ 1,20 m au garrot) et l'absence totale de hiérarchie sociale dans leurs troupeaux — alors que les chevaux suivent naturellement un leader — et vous comprenez pourquoi même les plus obstinés ont fini par abandonner.
Comme quoi, les rayures, c'est joli, mais ça ne remplace pas 6 000 ans de domestication.