Vous le savez probablement : pour trouver le nord la nuit, il suffit de lever les yeux et de repérer l'étoile Polaire. Elle brille sagement, presque immobile au-dessus du pôle Nord, pendant que toutes les autres étoiles tournent autour d'elle au fil de la nuit.

Mais saviez-vous que cette étoile n'a pas toujours indiqué le nord ?
Pour comprendre, il faut savoir que l'axe de rotation de la Terre n'est pas fixe : il oscille lentement, comme une toupie en fin de course. Ce mouvement, appelé précession des équinoxes, décrit un cercle complet en environ 26 000 ans. Conséquence : le point du ciel vers lequel pointe l'axe terrestre se déplace au fil des millénaires, et avec lui, l'étoile qui a l'honneur d'indiquer le nord.
Il y a 5 000 ans, quand les Égyptiens bâtissaient leurs pyramides, c'est l'étoile Thuban, dans la constellation du Dragon, qui jouait le rôle de Polaire. Certains couloirs de la Grande Pyramide de Gizeh seraient d'ailleurs alignés sur cette étoile plutôt que sur « notre » Polaire actuelle. Les Grecs de l'Antiquité, eux, n'avaient pas vraiment d'étoile polaire fiable : ils se repéraient grâce à la constellation de la Petite Ourse dans son ensemble, qu'ils nommaient Kynosoura – la queue du chien.

Et dans le futur ? Dans environ 8 000 ans, c'est Deneb, la brillante étoile du Cygne, qui se retrouvera au plus près du pôle Nord céleste. Elle sera certes moins précise que notre Polaire actuelle (qui se trouve à moins d'un degré du pôle, un luxe !), mais elle aura l'avantage d'être bien plus lumineuse. Puis, vers l'an 14 000, ce sera au tour de Véga, l'une des étoiles les plus brillantes du ciel, de prendre le relais. Avant que le cycle ne se boucle et que Polaris ne retrouve son trône, 26 000 ans après l'avoir quitté.

En attendant ces lointaines échéances, comment repérer notre Polaire ? La méthode est simple : utilisez la Grande Ourse. Prenez les deux étoiles du bord extérieur du « chariot » (Dubhe et Merak), prolongez la ligne qu'elles forment d'environ cinq fois leur écartement vers le haut, et vous tomberez presque exactement sur l'étoile Polaire, nichée au bout de la queue de la Petite Ourse. Le truc fonctionne en toute saison.

Reste une question : qu'en est-il de l'hémisphère sud ? Eh bien… les habitants du sud n'ont pas cette chance. L'étoile la plus proche du pôle Sud céleste s'appelle Sigma Octantis, mais elle est si faible (à peine visible à l'œil nu, et encore, par nuit parfaite) qu'elle n'a jamais rendu service à personne. Les navigateurs australs utilisent donc une autre astuce : la constellation de la Croix du Sud. En prolongeant son grand axe d'environ quatre fois et demie sa longueur, on obtient une approximation raisonnable du pôle Sud céleste. Moins pratique qu'une étoile bien brillante pile au bon endroit, mais quand on n'a pas de Polaire, on fait avec ce qu'on a.

Moralité : si jamais vous vous perdez une nuit étoilée, rappelez-vous que le nord est là-haut, indiqué par une étoile de passage. Une étoile qui, à l'échelle du cosmos, ne fait que garder la place au chaud pour la suivante.