La crème solaire des hippopotames
Vous êtes-vous déjà retrouvé face à un hippopotame ?
Honnêtement, j'espère que non, il s'agit d'un des animaux les plus dangereux pour l'homme. Mais si cela avait été le cas, en plus d'avoir eu la frayeur de votre vie, vous aurez peut être pu voir un liquide rouge vif dégouliner sur sa peau. Une blessure ? Non. Du sang ? Toujours pas ! Ce que vous avez observé, c'est ce qu'on appelle communément la sueur de sang de l'hippopotame.
Pendant des siècles, les observateurs ont cru que ces imposants mammifères transpiraient littéralement du sang. Les anciens Égyptiens étaient même convaincus que les hippopotames, lorsqu'ils se sentaient trop lourds ou malades, s'entaillaient volontairement sur les roseaux du Nil pour se faire une petite saignée. Cette croyance aurait d'ailleurs inspiré les médecins de l'époque à pratiquer… la saignée sur leurs patients humains ! Une technique qui a perduré jusqu'au XIXe siècle, rappelez-vous de vos Molière qui en parle beaucoup.
En réalité, cette sécrétion n'est ni du sang, ni même de la sueur au sens strict. Il s'agit d'un mucus huileux produit par des glandes situées sous la peau de l'animal. Incolore à l'origine, il vire au rouge orangé en quelques minutes au contact de l'air.
En 2004, une équipe de chercheurs japonais dirigée par Yoko Saikawa a percé le mystère. En tamponnant délicatement le visage et le dos d'hippopotames avec des compresses (un travail qui demande un certain courage !), ils ont isolé deux pigments : l'acide hipposudorique (rouge) et l'acide norhipposudorique (orange).
Et ces pigments sont remarquables : ils absorbent les rayons ultraviolets sur une large bande, offrant à l'hippopotame une crème solaire naturelle particulièrement efficace. Plutôt pratique quand on passe sa vie sous le soleil africain avec une peau quasi dépourvue de poils(1) !
Mais ce n'est pas tout : cette sécrétion possède également des propriétés antibiotiques, inhibant la croissance de bactéries pathogènes. Un avantage non négligeable pour des animaux qui passent leur temps à se battre, à se blesser entre eux et à mariner dans leurs déjections.
L'hippopotame fabrique donc son propre écran solaire antibactérien. Malheureusement pour nous, les pigments isolés s'avèrent très instables en laboratoire, ce qui rend difficile leur exploitation pour créer une crème solaire humaine. Dommage : on aurait pu troquer notre tube contre un peu de sueur d'hippopotame !
- (1) ↑ Les poils dans l'eau, ce n'est pas pratique. Surtout dans la boue.