Par une nuit claire, levez les yeux vers la constellation du Taureau. Vous y trouverez un petit amas d'étoiles scintillantes, les Pléiades, que l'on appelle aussi… les Sept Sœurs. Comptez bien : vous n'en verrez que six.

Alors pourquoi diable parle-t-on de sept sœurs ?

La mythologie grecque a sa réponse : les Pléiades sont les sept filles du titan Atlas, condamné à porter la voûte céleste pour l'éternité. Le chasseur Orion, frappé par leur beauté, les poursuivit pendant des années. Zeus, pris de pitié, transforma les sœurs en étoiles pour les mettre hors de portée. Mais l'une d'elles, Mérope, honteuse d'avoir épousé un simple mortel (le fameux Sisyphe), se serait cachée… ce qui expliquerait qu'on n'en voie plus que six.

Jusque-là, rien de très original : une belle histoire grecque de plus. Sauf que de l'autre côté du globe, chez les Aborigènes d'Australie, on raconte exactement le même type d'histoire. Les Pléiades y sont un groupe de sept jeunes filles, poursuivies par un homme (ou un groupe de jeunes hommes, associés à la constellation d'Orion). Et là aussi, l'une des sœurs a disparu : elle est morte, a été enlevée, ou se cache.

Des récits similaires existent en Afrique, en Asie, en Indonésie, chez les peuples autochtones d'Amérique… Partout, sept sœurs. Partout, une sœur manquante. Partout, un poursuivant.

Comment des cultures séparées par des océans et des dizaines de milliers d'années peuvent-elles raconter la même histoire ? Pendant longtemps, les anthropologues ont supposé que les Européens avaient apporté le mythe grec en Australie. Mais les récits aborigènes semblent bien plus anciens que le premier contact avec les Européens, et les peuples aborigènes ont vécu sans contact avec le reste du monde pendant au moins 50 000 ans.

Mais il existe une explication fascinante. Grâce aux mesures ultra-précises du télescope spatial Gaia, on sait que les étoiles des Pléiades se déplacent lentement les unes par rapport aux autres. L'une d'elles, Pléioné, est aujourd'hui si proche de sa voisine Atlas qu'elles semblent n'en faire qu'une à l'œil nu.

Mais si l'on rembobine de 100 000 ans, Pléioné était bien plus éloignée d'Atlas : n'importe qui pouvait alors distinguer sept étoiles dans l'amas. Sept étoiles bien visibles. Sept sœurs.

Or, il y a 100 000 ans, nos ancêtres vivaient encore tous en Afrique, avant les grandes migrations qui allaient peupler l'Europe, l'Asie et l'Australie. L'hypothèse est donc la suivante : cette histoire – sept sœurs dans le ciel, dont une disparaît – aurait été inventée en Afrique, puis transportée par Homo sapiens aux quatre coins du monde au fil de ses migrations.

Si c'est le cas, le mythe des Pléiades serait le plus vieux récit partagé par l'humanité : une histoire vieille de 100 000 ans, racontée autour des feux de camp africains bien avant l'invention de l'écriture, de l'agriculture, ou même de la poterie. Un récit qui aurait survécu, de bouche à oreille, pendant des milliers de générations.