Les exploits du pigeon
Le pigeon voyageur est-il un pigeon comme les autres ?
Vous les croisez tous les jours sur les places publiques, à picorer des miettes de sandwich ou à slalomer entre vos pieds. Les pigeons des villes ont mauvaise réputation : sales, envahissants, parfois qualifiés de « rats volants ». Pourtant, leurs ancêtres ont rendu des services inestimables à l'humanité, allant jusqu'à sauver des vies sur les champs de bataille.
Le pigeon voyageur n'est pas une espèce à part : c'est un pigeon biset domestique, sélectionné depuis des millénaires pour une capacité extraordinaire — retrouver son pigeonnier depuis n'importe où, parfois à plus de 1 000 kilomètres de distance.
Mais comment diable fait-il ? La question a longtemps fasciné les scientifiques, et la réponse est… qu'on ne sait pas exactement. Le pigeon semble utiliser un cocktail de sens : la position du soleil, le champ magnétique terrestre (grâce à des cristaux de magnétite dans son bec), les odeurs du paysage, et même les infrasons produits par les vagues de l'océan ou les montagnes. Un vrai Google Maps biologique !
Les Romains utilisaient déjà ces oiseaux pour transmettre les résultats des courses de chars. Mais c'est surtout pendant les guerres que le pigeon voyageur est devenu une star. Durant le siège de Paris en 1870, plus de 60 pigeons ont transporté des microphotographies contenant des milliers de messages — l'ancêtre du microfilm, en quelque sorte.
Le plus célèbre d'entre eux s'appelait Cher Ami. Ce pigeon américain, durant la Première Guerre mondiale, a sauvé près de 200 soldats du « Bataillon Perdu » en délivrant un message malgré une blessure par balle qui lui avait arraché une patte et crevé un œil. Il a reçu la Croix de guerre française et son corps empaillé est aujourd'hui exposé au Smithsonian.
Autre anecdote savoureuse : l'agence de presse Reuters a été fondée en partie grâce aux pigeons voyageurs. En 1850, Paul Julius Reuter utilisait 45 pigeons pour transmettre les cours de la Bourse entre Bruxelles et Aix-la-Chapelle, comblant un trou dans le réseau télégraphique. Plus rapide que le train ! Internet avant l'heure…
Aujourd'hui, les pigeons voyageurs sont surtout utilisés pour les compétitions de colombophilie, très populaires en Belgique et dans le nord de la France. Certains champions se vendent à prix d'or : en 2020, un pigeon belge nommé « New Kim » a été adjugé pour… 1,6 million d'euros.
Alors, la prochaine fois que vous croiserez un pigeon sur un banc public, regardez-le avec un peu plus de respect : son arrière-grand-père a peut-être sauvé des vies.