Toute ressemblance avec des faits rééls…
Pourquoi les films commencent pas la phrase « toute ressemblance est des faits réels est purement fortuite » ?
Vous l'avez vu défiler des centaines de fois, à la fin de presque chaque film, perdu au milieu d'un générique interminable : Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait purement fortuite.
On a tendance à n'y voir qu'une de ces formules creuses pondues par des avocats trop prudents. Mais cette petite phrase a une origine bien précise, et elle est nettement plus croustillante qu'on ne l'imagine : elle est née d'un procès retentissant… à cause de Raspoutine.
Remontons en 1932. La MGM sort Raspoutine et l'Impératrice, une grande fresque hollywoodienne sur le célèbre mystique(1) et son emprise sur la cour de Nicolas II, dernier empereur de Russie. Raspoutine ayant été assassiné en 1916, le studio se croyait bien tranquille : difficile pour un mort de porter plainte.
C'était sans compter sur l'un de ses meurtriers. Le prince Félix Ioussoupov, aristocrate exilé, reconnaît dans le film un personnage très inspiré de lui-même… et surtout, reconnaît son épouse, la princesse Irina, sous les traits de la « princesse Natasha ». Or, à l'écran, cette Natasha est séduite, hypnotisée puis violée par Raspoutine. Le détail qui fâche ? Dans la réalité, Irina n'a jamais croisé Raspoutine de sa vie.
Ioussoupov attaque donc la MGM en diffamation devant un tribunal anglais. Et il gagne : le jury accorde à la princesse la coquette somme de 25 000 livres de l'époque (environ 125 000 dollars). La MGM doit retirer le film de la circulation pour des décennies et couper définitivement la scène litigieuse.
Le studio aurait peut-être pu s'en tirer… s'il ne s'était pas lui-même tiré une balle dans le pied. Le film s'ouvrait en effet sur un carton affirmant fièrement que quelques-uns des personnages sont encore en vie, les autres ont trouvé une mort violente.
Autrement dit : oui, oui, nos personnages sont de vraies gens. Difficile, après ça, de plaider la pure fiction !
La leçon est retenue à toute vitesse à Hollywood. Désormais, les studios prennent soin d'affirmer exactement l'inverse : non, non, aucun de ces personnages n'existe, et toute ressemblance ne serait que le fruit du hasard. La fameuse formule était née.
Et comme toujours, il n'a pas fallu longtemps pour que le cinéma s'amuse de sa propre prudence. Dès 1941, la comédie loufoque Hellzapoppin' ouvrait sur un avertissement assurant que toute ressemblance entre Hellzapoppin' et un véritable film serait purement fortuite
— une tradition de pastiche qu'entretiennent encore aujourd'hui des programmes comme South Park.
La prochaine fois que cette ligne défilera devant vos yeux, pensez donc à un moine russe, une princesse diffamée et un studio qui n'a pas su tenir sa langue.
- (1) ↑ Le film a aussi la particularité de réunir, pour la seule et unique fois à l'écran, les trois Barrymore : Lionel, John et Ethel. Une affiche en or pour l'époque.