L'expédition Franklin reste une énigme pour les scientifiques. Depuis plus de cent soixante ans, elle passionne ces derniers pour diverses raisons : son trajet exact après que les bateaux de l'expédition eurent échoués, la fin mystérieuse des membres de l'expédition et enfin, ce que leurs possessions et corps sont devenus.

Depuis le voyage de Marco Polo en Chine, les Européens ont cherché une voie rapide vers l'Asie. À l'époque, les voyages sont extrêmement longs et nécessitent de franchir le cap Horn (pour les Amériques) ou le cap Bonne-Espérance (pour l'Afrique). Le premier, surnommé « cap des tempêtes », était réputé pour ses dangers ; quant au voyage par le cap de Bonne-Espérance, il est excessivement long.
Ainsi, les Européens espèrent que le Pôle Nord contient une mer ouverte, permettant une navigation plus rapide vers l'Asie. Même si, avec les nombreuses explorations du Grand Nord par l'armée britannique, l'hypothèse d'un passage viable semble invraisemblable, le second Secrétaire de l'Amirauté John Barrow souhaite persévérer dans ses recherches, et il réfléchit à une nouvelle expédition pour découvrir le fameux passage du Nord-Ouest.

Le contre-amiral Sir John Franklin.
Le contre-amiral Sir John Franklin.

Après plusieurs difficultés pour trouver un commandant, John Barrow finit par faire accepter John Franklin comme commandant de l'expédition, malgré son âge avancé (cinquante-neuf ans à l'époque). Franklin a toutefois participé à la bataille de Trafalgar et à quatre expéditions polaires, la première s'étant déjà mal terminée(1). Il fut également gouverneur de Tasmanie de 1836 à 1843.

Pour naviguer dans le pack(2), on choisit deux bateaux qui avaient déjà servis lors d'explorations polaires : le HMS Erebus et le HMS Terror. Ces derniers étaient remarquablement vieux et commençaient à être déjà dépassés à l'époque(3), et l'Amirauté décida de les doter de diverses améliorations, en renforçant la coque avec de l'acier et en installant une moteur à vapeur avec une hélice. Les deux navires pouvaient ainsi atteindre une vitesse respectable de 4 nœuds sans l'aide du vent(4).
À cela, on ajouta un dispositif de chauffage à vapeur pour les marins, des gouvernes plus modernes, une bibliothèque de près d'un millier de livres et environ trois ans de conserves alimentaires. Encore une fois, l'Amirauté fit une erreur : elle acheta seulement sept semaines avant le départ les conserves à Stephen Goldner, un marchand qui avait cassé ses prix et fit dans la plus totale précipitation les boîtes de conserve.
Pour terminer, la dernière erreur de l'Amirauté fut de ne pas faire appel aux marins expérimentés qu'elle avait à disposition. En dehors de Franklin, de son second Francis Crozier(5) et des deux glaciologues Reid et Blanky, aucun des hommes n'avait jamais connu l'Arctique ou l'Antarctique. Au total, l'expédition compte cent-dix marins et vingt-quatre officiers.

Dans la matinée du 19 mai 1845, l'expédition part du port de Greenhithe en Angleterre. Elle s'arrête ensuite au port de Stromness aux Orcades, repartant avec le HMS Rattler et un navire de transport, le Baretto Junior. Les quatre navires s'arrêtent au Groenland, dans la baie de Disko, pour abattre dix bœufs du Baretto Junior et transférer le matériel vers l'Erebus et le Terror. Là, Franklin fait prêter serment aux marins de continuer jusqu'au bout l'expédition et de ne pas boire d'alcool. Comme le veut la tradition, les marins écrivent les dernières lettres à destination de leurs familles. Franklin libère enfin cinq hommes de leurs obligations, qui repartent avec le Rattler et le Baretto Junior à destination de l'Angleterre.

En début d'août 1845, l'expédition est rencontrée par les capitaines de deux baleiniers anglais en mer de Baffin, Franklin attendant de bonnes conditions pour traverser le détroit de Lancaster. C'est la dernière fois que des Européens rencontreront les membres de l'expédition vivants.


  1. (1) Onze des dix-neuf hommes de Franklin étaient mort lors de cette expédition et ils avaient dû survivre en mangeant le cuir de leurs bottes et du lichen ; on pense également que certains membres de l'expédition se livrèrent au cannibalisme. En tout cas, et non sans ironie, Franklin gagna le surnom de « l'homme qui mangeait ses bottes ».
  2. (2) Le pack est le terme désignant les morceaux de glace se détachant de la banquise. Ce ne sont pas toutefois des icebergs, qui sont formés d'eau douce pour leur part.
  3. (3) Le HMS Terror ayant été construit pour la seconde guerre anglo-américaine… Ce qui faisait qu'il avait déjà trente-trois ans lorsqu'il fut décidé de l'utiliser !
  4. (4) Soit environ 7,4 kilomètres par heure.
  5. (5) Bien que méconnu à l'époque, Crozier était l'un des hommes les plus expérimentés en matière d'exploration polaire de la première moitié du XIXe, avec près de six missions réussies.

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