Prochain omnilogisme : 16/03/2010 à 0:00

Omnilogismes « Citations »

Arborescence entourante, tenant compte des renvois et des liens :

Science Humaines Histoire Citations
Navigation
Accueil de la catégorie.
21
La dictée impossible
Par Lagile | Le 05/02/2010 à 00:00:00

Souvenez-vous de vos jeunes années passées sur les bancs scolaires, à retenir des noms d'empereurs ou à subir les affres des matières littéraires. Vous parvenez à vous revoir, le stylo-plume à la main – car oui, en ces temps reculés, vous étiez obligé d'en avoir un – vous demandant comment on accorde ces satanés participes passés féminins ou comment orthographier certaines expressions, etc. Bref, le français et ses fameuses dictées, c'était la galère et vous êtes heureux d'en être sorti.

Imaginez maintenant que vous soyez l'impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, et que vous ayez envie de vous distraire. Évidemment, dois-je le rappeler, les moyens sont relativement réduits ! Elle fait donc appel à Prosper Mérimée, un écrivain et historien français. Et là, plutôt que de lui demander un récit sur une civilisation lointaine – ou, pour faire simple : un roman –, elle souhaite… une dictée. Oui, mesdames et messieurs, l'un des pires moyens de torture(1) de l'éducation des collégiens était un divertissement deux siècles auparavant !
Prosper arrive donc, fier comme un coq d'être sollicité par l'impératrice en personne, et laisse un des textes de référence pour les enseignants sadiques que nous avons pu connaître au cours de notre scolarité. Rien que pour la beauté du regard, je vous laisse savourer l'œuvre de l'écrivain :

Pour parler sans ambiguïté, ce dîner à Sainte-Adresse, près du Havre, malgré les effluves embaumés de la mer, malgré les vins de très bons crus, les cuisseaux de veau et les cuissots de chevreuil prodigués par l'amphitryon, fut un vrai guêpier.
Quelles que soient et quelqu'exiguës qu'aient pu paraître, à côté de la somme due, les arrhes qu'étaient censés avoir données la douairière et le marguillier, il était infâme d'en vouloir pour cela à ces fusiliers jumeaux et mal bâtis et de leur infliger une raclée alors qu'ils ne songeaient qu'à prendre des rafraîchissements avec leurs coreligionnaires.
Quoi qu'il en soit, c'est bien à tort que la douairière, par un contresens exorbitant, s'est laissé entraîner à prendre un râteau et qu'elle s'est crue obligée de frapper l'exigeant marguillier sur son omoplate vieillie. Deux alvéoles furent brisés, une dysenterie se déclara, suivie d'une phtisie, et l'imbécillité du malheureux s'accrut.
— Par saint Martin, quelle hémorragie, s'écria ce bélître !
À cet événement, saisissant son goupillon, ridicule excédent de bagage, il la poursuivit dans l'église tout entière.

— Prosper Mérimée

Plutôt jolie, n'est-ce pas ? L'empereur fit soixante-quinze fautes, sa femme remontant légèrement le niveau en n'en faisant « que » soixante-deux ; Alexandre Dumas père se prit au jeu et dépassa de peu les vingt fautes. Seul Metternich, l'ambassadeur d'Autriche, eut un score tout à fait honorable : trois fautes !
M. Dumas lui aurait alors demandé quand il comptait se présenter à l'Académie français pour [leur] apprendre l'orthographe, légèrement dépité devant la supériorité orthographique de Metternich.

Si vous voulez étonner vos amis, vous pouvez tenter de l'apprendre par cœur et de la réciter devant leurs yeux éblouis, ou, plus simplement mentionner le fait qu'il existe deux versions de cette fameuse dictée : vos invités seront soufflés devant tant de savoir – vous êtes un lecteur d'Omnilogie je vous rappelle, vous pouvez les étonner – et ne chercherons pas plus loin, vous évitant ainsi quelques débats houleux sur « ai-je bien accordé ? » !


  1. (1) Rassurez-vous : la dictée est totalement bannie dans les centres pénitentiaires !
Talleyrand, de la merde dans un bas de soie
Par vdaucourt | Le 17/12/2009 à 00:00:00

Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord traversa au cours de sa carrière cinq régimes politiques successifs, ce qui lui vaudra le surnom amplement mérité de « prince de bien au vent ».

Fils aîné de grande noblesse française déchu de son droit d'aînesse à cause de son pied-bot, l'individu devient évêque d'Autun et est élu député du clergé aux États-Généraux en 1789.

Il signe la Constitution Française de 1791(2), et propose (et applique) la confiscation des biens du clergé (première incohérence dans l'histoire rocambolesque du personnage).
Anticipant la Terreur, il s'exile en Angleterre puis retourne en France en 1796, et un an plus tard le voilà déjà nommé ministre des Relations Extérieures du Directoire.
En 1799, il contribue au coup d'état du 18 brumaire, ce qui le met dans les bonnes grâces de Bonaparte qui le confirme alors dans son rôle de ministre des Affaires Extérieures. Il prend du grade en 1804 et devient grand Chambellan, puis est fait prince de Bénévent (petite principauté prise au Pape ; du beau pour un ancien évêque ! ) en 1806.

Mais une nouvelle fois, Talleyrand sent qu'il est temps de changer de barque : il est persuadé que la France ne résistera pas au reste de l'Europe coalisée, et particulièrement aux Autrichiens. Il rentre donc en contact secret avec le Tsar et lui conseille de refuser les propositions d'alliance de Napoléon pour se rapprocher plutôt des Autrichiens, tandis qu'il prépare avec Fouché et Murat la succession de Napoléon Ier.
Apprenant la trahison, Napoléon convoque quelques grands noms du royaume ainsi que Fouché et l'omniprésent Talleyrand. Prenant à parti l'intrigant, l'Empereur craque et finit par l'insulter ouvertement : vous êtes de la merde dans un bas de soie !
Déchu dès le lendemain de ses fonctions, Talleyrand conserve cependant sa place au Conseil, et traite ouvertement avec l'Autriche.

En 1814, sentant à nouveau le vent tourner dans la direction qu'il avait prévu, Talleyrand se rapproche des Bourbons. Après la chute de Napoléon, il est donc nommé ministre des Affaires Étrangères (c'est une lubie chez lui) par… Louis XVIII, qui semble lui pardonner.
Il continue de jongler avec les puissants jusqu'en 1834 où un ras-le-bol généralisé finit par le forcer à démissionner de ses fonctions.

Les incessants revirements de cette incarnation de l'Ancien Régime traversant cette période violente et mouvementée de l'histoire de France tout en restant dans les hautes sphères du pouvoir agacent évidemment ses contemporains, qui ne sont pas tendres avec le diable boiteux, tel François-René de Chateaubriand :

Tout à coup une porte s'ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché.

— Mémoires d'Outre-Tombe

  1. (2) C'est lui qui rédigera l'article VI des droits de l'homme : La loi est l'expression de la volonté générale. […] Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse.
René Coty
Par byakkou | Le 15/12/2009 à 00:00:00

C'est notre Raïs à nous : c'est monsieur René Coty. Un grand homme, il marquera l'Histoire. Il aime les Cochinchinois, les Malgaches, les Sénégalais, les Marocains… c'est donc ton ami. Ce sera ton porte-bonheur.

— Hubert Bonisseur de La Bath

le président Coty

Outre son apparition(3) remarquée dans OSS 117, René Coty ne marqua pas l'Histoire(4). Il ne fut pas un président très remarqué en son temps et fut vite oublié après sa mort. Son élection comme dernier(5) président de la IVe République Française en décembre 1953 le prouve.

René Coty n'était d'ailleurs pas lui-même candidat. Mais pour la première fois, on assista en France à une élection qui n'était pas rapide : celle-ci ne comporta pas moins de 13 tours ! En effet, selon la constitution de l'époque, il fallait obtenir la majorité absolue pour pouvoir être élu.
Cette élection vit les candidats initiaux se retirer au profit d'autres membres de leur parti. René Coty fit son apparition dans le scrutin au douzième tour et manqua une première fois la présidence de douze voix avant d'être largement élu au treizième tour.

Néanmoins, si le président Coty ne fit rien de grandiose, il était très aimé du peuple. Il fut aussi l'un des acteurs de l'avènement du Général de Gaulle au pouvoir.


  1. (3) Bien qu'involontaire !
  2. (4) Malheureusement pour notre espion bien de chez nous.
  3. (5) Cela, il ne le savait pas encore.
Les Hakkapélites
Par Cthulhu | Le 22/11/2009 à 00:00:00

A horribile Haccapælitorum agmine libera nos, Domine.

Soit « Seigneur, délivre-nous de cette horrible armée d'Hakkapélites. » Bien étrange prière catholique, me diriez-vous ? Pas tout à fait, lorsqu'on connaît ceux qui inspirèrent cette prière, les hakkapélites.

Les hakkapélites, donc, furent des cavaliers finlandais du roi de Suède. Employant une tactique tout à fait inhabituelle (ils tiraient une fois à longue distance et une seconde fois à courte distance), ce furent les seuls soldats capables de disloquer les tercios espagnols, réputés invincibles.

Leur cri de guerre, qui donna leur nom et inspira tant de terreur, fut « Hakkaa päälle !  », qui signifiait en finlandais « Tape sur la tête !  ».

Finalement, les hakkapélites disparurent à la fin du XVIIe siècle et la tactique qu'ils employèrent fut réutilisée ensuite par toutes les cavaleries européennes qui suivirent.

Mac Mahon
Par Fatalis | Le 09/10/2009 à 00:00:00

Bien plus connu par ses citations que par ses actes, Patrice de Mac Mahon (sans trait d'union, le « Mac » venant de ses origines irlandaises), fut le troisième président de la Troisième République Française, du 24 Mai 1873 au 30 Janvier 1879.

Mac Mahon

Mais avant d'être président, il a surtout été militaire, issu de l'école militaire de Saint-Cyr, et œuvrant surtout en Algérie, mais participant également à la Guerre de Crimée(6).
C'est durant cette guerre qu'il se fait remarquer, en 1855, lors de la bataille de Sébastopol, où il aurait lancé un retentissant J'y suis, j'y reste, après avoir été averti qu'une bombe risquait d'exploser dans la place qu'il venait de prendre.
Cependant, cette glorieuse citation a été démentie par la suite, par Mac Mahon lui-même : Je ne crois pas avoir donné à ma pensée cette forme lapidaire : je ne fais jamais de mots

Et en effet, on peut se permettre de penser que dans son esprit si bien organisé pour la guerre il n'y avait guère de place pour les discours, ainsi que peuvent le prouver quelques autres citations, qui brillent par leur absence de sens.
Ainsi, alors qu'il officiait encore à Saint-Cyr et qu'il inspectait les troupes, il eut devant un soldat noir de peau la réflexion qui nous reste encore aujourd'hui : C'est vous le nègre ? c'est bien, continuez !
Il faut préciser, pour que cette citation ne reste pas en preuve de l'incapacité à parler de notre sujet, que « nègre » était à l'époque un mot d'usage pour désigner le meilleur élément de cette promotion (et qu'il s'agissait en l'occurrence dudit soldat). Le « continuez » ne s'appliquerait donc non pas à la couleur de peau, mais aux actions.

Une autre anecdote, encore plus connue celle-là, fait état que durant le 26 Juin 1875, lors d'inondations de la Garonne, Mac Mahon s'étant rendu aux environs de Toulouse, il se serait exclamé : Que d'eau, que d'eau !

Finalement, on peut dire que Mac Mahon est de nos jours plus connu pour ses citations (qui, il faut bien le dire, manquaient parfois d'esprit) que par ses actes, ces derniers n'étant pourtant pas inexistants, comme en attestent les nombreuses récompenses qu'il reçut au long de sa vie (médailles d'honneur de France, de Grande-Bretagne, de Prusse… )


  1. (6) 1853-1856, entre la Russie Impériale et une coalition comprenant l'Empire ottoman, le Royaume-Uni, la France et le royaume de Sardaigne.
Le mot de Cambronne
Par vdaucourt | Le 28/09/2009 à 00:00:00

Nous connaissons tous l'expression « La garde meurt mais ne se rend pas », généralement attribuée au général Cambronne. Celui-ci l'aurait lancée aux troupes anglaises qui lui sommaient de se rendre avec la Garde Impériale qu'il commandait, lors de la bataille de Waterloo(7), alors qu'il était déjà blessé.

Victor Hugo commentera cet acte d'héroïsme dans Les Misérables, arguant que l'homme qui a gagné Waterloo, c'est Cambronne : « Foudroyer d'un tel mot le tonnerre qui vous tue, c'est vaincre ».

Mais la réalité pourrait bien être toute autre, et beaucoup moins épique ! Cette phrase aurait en fait été prononcée par un autre général français, le Général Michel qui décéda à Waterloo.
Cambronne aurait bien été confronté à la même situation, mais sa réponse aux demandes de reddition aurait été beaucoup plus prosaïque ; se contentant d'un mot, le « mot de Cambronne »(8) (chastement nommé ainsi pendant de nombreuses années, mais notre société n'a maintenant plus peur des mots et n'a plus besoin d'une périphrase pour dire « merde »). Ce qui ne manque pas d'ironie, puisque dire merde à quelqu'un, c'est lui souhaiter bonne chance. Paradoxal pour des combattants !


  1. (7) Waterloo, ville belge située dans le Brabant fut le théâtre de la défaite définitive de Napoléon Ier, après son retour de l'île d'Elbe et la période dite des « cent jours ». La bataille de Waterloo opposa le 18 juin 1815 l'Empereur et ses troupes aux Prussiens et aux Anglais menés par Wellington.
  2. (8) Ce qui fera encore réagir Hugo : Cambronne à Waterloo a enterré le premier empire dans un mot où est né le second.
Exécution de Louis XVI
Par Neamar | Le 30/08/2009 à 00:00:00

Le 20 janvier, le Roi déchu Louis XVI est averti du verdict dans sa prison du Temple. Il demande un sursis de trois jours – qui lui est refusé – et est donc conduit sur la place de la Révolution le 21 janvier 1793 par le Commandant de la Garde Nationale Santerre. Soutenu par son confesseur l'abbé Edgeworth de Firmont avec lequel il a passé les dernières heures, Louis XVI arrive dignement sur l'échafaud.

Craignant un ultime rebondissement si le roi fait un discours devant la populace, Santerre donne l'ordre de faire jouer tous les tambours au pied de l'échafaud. Sur la dernière marche cependant, le descendant d'Henri IV fait un signe impérieux aux tambours qui, surpris, cessent de battre, et crie d'une voix tonnante : Je meurs innocent de tous les crimes qu'on m'impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort, et je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France. Et vous, peuple infortuné…
Déjà, des ordres sont donnés et les tambours reprennent, malgré les véhémentes mais quelques peu puériles protestations de Louis le Dernier.

Le bourreau présente la tête de Louis XVI au peuple

Voyant le vent tourner, le bourreau Sanson ordonne l'exécution immédiate du roi : voulant trop bien faire, il lâche la lame avant que la tête soit entièrement placée dans la guillotine ! La vitesse acquise par la lame est normalement suffisante pour couper les tendres chairs du cou, mais pas pour couper un crâne : au lieu de couper proprement, la lame s'arrête donc sur l'arrière de la tête… et dans un ultime réflexe, Sanson met tout son poids sur la lame pour terminer la sinistre besogne et détacher la tête du reste du corps, éclaboussant par la même occasion le pauvre abbé Edgeworth(9)

À 10 heures 20, la tête de Louis XVI est montrée au peuple de Paris qui crie Vive la Nation ! Vive la République ! et organise des farandoles autour de l'échafaud.
Le peuple dépasse les gardes et, aux cris de « Vive la République », vient tremper piques et mouchoirs dans le sang royal – considéré comme un remède absolu (« le roi te touche, Dieu te guérit ») – inconscient du paradoxe d'avoir assassiné ledit « roi de droit Divin ».

Cet homme qui manqua de la force nécessaire pour préserver son pouvoir, et fit douter de son courage tant qu'il en eut besoin pour repousser ses ennemis ; cet homme dont l'esprit naturellement timide ne sut ni croire à ses propres idées, ni même adopter celles d'un autre, s'est montré tout à fait capable de la plus étonnante des résolutions, celle de souffrir et de mourir.

— Madame de Staël

  1. (9)

    Même si ce paragraphe est très lyrique, je dois à la vérité historique d'ajouter que cette mauvaise scission est contestée par de nombreux historiens, et par un témoin de première main ; le bourreau lui-même…
    En ce qui concerne le le sang sur l'abbé, cela semble par contre faire l'unanimité dans les milieux « qui savent » : on atteste même de la présence d'une « double giclée ».

Maudits ! Tous maudits jusqu'à la treizième génération !
Par vdaucourt | Le 09/07/2009 à 00:00:00

Ces mots auraient été prononcés par Jacques de Molay, grand-maître de l'Ordre des Templiers, lors de son supplice sur le bûcher de l'île aux Juifs à Paris le 19 mars 1314.

L'Ordre souverain des Chevaliers du Temple de Jérusalem fut fondé en 1128 par Hugues de Payns pour assurer la garde des Lieux Saints de Palestine et protéger les routes des pèlerinages. Cette force militaire extrêmement organisée accompagna toutes les Croisades. Amassant de grandes fortunes par leurs pillages des villes conquises, étant exemptés d'impôts, ils devinrent rapidement très riches et furent sollicités par les différentes cours d'Europe pour des prêts d'argent : en quelque sorte, ils furent les premiers banquiers de l'histoire !
Mais au XIVe siècle, le roi de France Philippe IV (dit le Bel), lourd débiteur de l'Ordre, décide de s'attaquer aux Templiers afin de s'approprier leurs richesses. Guillaume de Nogaret, son Garde des Sceaux, est chargé de mener l'« enquête » et le procès qui doit éliminer l'Ordre des Templiers.

Le vendredi 13 octobre 1307, Jacques de Molay, le grand-maître, et les 140 Chevaliers de la maison-mère sont arrêtés à l'Hôtel du Temple par Guillaume de Nogaret, sous des chefs d'inculpation douteux (profanation de la croix, idolâtrie d'une tête de chat, sodomie), tout comme des centaines d'autres Templiers de Province(10).

Le procès dure près de sept ans et, un à un, sous les tortures prodiguées par Guillaume de Nogaret, les Chevaliers du Temple finissent par avouer les crimes imaginaires qu'on leur impute. Sous la pression de Philippe le Bel, le pape Clément V émet le 3 avril 1312 la bulle Ad providam, annonçant la suppression de l'Ordre.

Le 18 mars 1314, Jacques de Molay, emprisonné depuis sept ans dans la prison du Temple, est conduit devant la cathédrale de Notre-Dame de Paris pour entendre le verdict du procès, en compagnie de Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie, de Hugues de Payraud, visiteur général de l'Ordre, et de Geoffroy de Gonneville, Commandeur d'Aquitaine. La sentence des juges ? La prison à vie. Mais Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay haranguent la foule, affirmant que leurs aveux ont été volés, que les Templiers n'ont commis aucun crime et sont victimes d'une machination. Les deux hommes sont alors condamnés au bûcher(11).

Le lendemain, 19 mars 1314, sur le bûcher dressé sur l'île aux Juifs (en face du Palais de la Cité) Jacques de Molay s'écrie : Pape Clément ! Roi Philippe ! Avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment ! Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races !

Ironiquement, la malédiction du grand-maître allait s'avérer exacte : Clément V décède le 20 avril 1314 d'étouffement. Philippe le Bel meurt dans la nuit du 26 au 27 novembre 1314 d'un ictus cérébral ; ses trois fils mourront dans les douze années à venir, sans laisser de descendance mâle, mettant fin à la lignée des Capétiens directs.


  1. (10) Une légende récente – popularisée par le Da Vinci Code – affirme que c'est depuis ce jour que l'on dit que le vendredi 13 porte malheur. En fait l'origine de cette superstition serait plus ancienne, et on peut la faire remonter à la Cène biblique, voire à certaines mythologies. Pour votre culture, la crainte des vendredis 13 est appelée la paraskevidékatriaphobie, tandis que la crainte du nombre 13 en général est la triskaidekaphobie.
  2. (11) Contrairement à l'affaire du courrier de Lyon, les révélations post-procès ont eu une influence…
Paris vaut bien une messe
Par Neamar | Le 17/05/2009 à 00:00:00

Lors du dernier article, nous avions quitté la France au bord du gouffre, prête à se déchirer pour le problème de la succession d'Henri III.

Un bref rappel des différents candidats s'impose :

  • Henri de Navarre, protestant désigné pour la succession même si le défunt roi lui a livré bataille les derniers mois de sa vie avant de se réconcilier avec lui ;
  • Le cardinal de Bourbon, un puissant homme d'Église (évêque à 17 ans), désigné par la ligue comme le successeur d'Henri III. Même si les ligueurs lui ont déjà virtuellement donné la couronne et le nom (Charles X), il a été emprisonné par le défunt roi quelques années auparavant. Cette incarcération n'a pas découragée les ligueurs, qui le considèrent toujours comme candidat ;
  • Charles de Mayenne, frère d'Henri de Guise (souvenez-vous : celui qui s'est fait assassiner par le roi). Charles a hérité du commandement de la ligue, et même s'il supporte officiellement Charles X, il compte bien se faire élire roi lors d'un coup d'État ;
  • Enfin, le roi d'Espagne est décidé à mettre sa fille Isabelle II sur le trône, puisqu'elle est la petite fille d'Henri II. (souvenez-vous de ce mariage qui coûta la vie au roi).

Dès lors, les luttes de pouvoir vont pouvoir s'exercer.
Henri de Navarre va combattre la ligue, et remporter plusieurs victoires décisives. De sa prison, le cardinal de Bourbon abdique alors et reconnaît à Henri de Navarre le poste de roi : trois candidats sont encore en lice.

Les états généraux sont convoqués, et l'on décide qu'Isabelle II n'accèdera pas au trône de France en vertu de la loi salique, qui interdit la royauté aux femmes : plus que deux !

De victoire en victoire, et après la tentative manquée de coup d'état aux états généraux par Charles de Mayenne, Henri de Navarre s'impose comme le roi.

Un obstacle demeure cependant : Henri est toujours protestant – c'est, faut-il le redire, la base de ce capharnaüm !
Il a beau faire une déclaration solennelle dans laquelle il s'engage à respecter les catholiques, le courant ne passe pas entre le peuple français et lui.

Finalement, Henri accepte d'abjurer sa religion : le duc de Rosny résumera cette conversion par la célèbre phrase « Paris vaut bien une messe ». Il est alors sacré sous le nom d'Henri IV, et comme ses ancêtres Henri II et Henri III, il ne mourra pas de vieillesse ! Mais ceci est une autre histoire…

Que mon peuple persiste et demeure dans la foi
Par Neamar | Le 13/05/2009 à 00:00:00

C'est la fête à Paris ; le roi de France Henri II organise une grande fête pour célébrer deux mariages : sa sœur avec le duc de Savoie, et sa fille avec Philippe II d'Espagne (nous aurons l'occasion de reparler de cette seconde union dans un prochain article).

Il fait très chaud en cet après midi de juillet 1559, mais le tournoi prévu est confirmé : le roi en grande forme y affronte victorieusement le duc de Nemours, puis celui de Guise.
« Jamais deux sans trois », dit-on : le roi veut donc un troisième duel, même si Catherine de Médicis, sa femme, s'y oppose farouchement (la légende raconte qu'elle aurait rêvé que le roi se blessait grièvement lors du tournoi).

Le roi Henri II affronte MontgomeryLe roi affrontera donc Gabriel de Montgomery, capitaine de la Garde Écossaise. Les chevaux s'élancent, la reine ferme les yeux… et ne voit pas le roi qui vacille, manquant de tomber ! Quel affront ! Furieux, le roi exige une seconde passe. Tout le monde se remet en place, tout le monde retient son souffle. Une nouvelle fois, les chevaux s'élancent ; la lance de Montgomery frappe l'écu du roi, remonte, pénètre la visière du casque et lui transperce l'oeil.

Le roi est ramené dans ses appartements, et son médecin officiel, un certain Ambroise Paré, appelé à son chevet. N'ayant jamais extrait de bouts de lance d'un oeil humain – l'école de médecine ne devait pas être très performante, à l'époque –, il demande en toute simplicité de s'entraîner. Ce qui ne pose pas de problème : on décapite promptement quelques condamnés à mort, on leur plante un bout de bois… et le grand Paré peut s'exercer. Malgré ces travaux pratiques, le roi décède après dix jours de souffrance, laissant derrière lui une citation : Que mon peuple persiste et demeure dans la foi(12). À la suite de ce funeste tournoi, la reine Catherine fait interdire les tournois dans tout l'empire de France : ils n'y seront jamais réintroduits.

La mort d'Henri II fera les choux gras des partisans de Nostradamus, lequel avait prédit treize années plus tôt de façon très « claire » :

Le lion jeune le vieux surmontera
En champ bellique par singulier duelle,
Dans cage d'or les yeux lui crèvera,
Deux classes une puis mourir mort cruelle.

— Les Oracles de Michel de Nostredame

  1. (12) Citation fort à propos d'ailleurs, puisque trois ans plus tard le pays sera déchiré par les guerres de Religion.
Navigation
Accueil de la catégorie.
21