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Omnilogismes « Histoire »

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987 – … –321
Crésus et la Pythie ou l'interprétation d'une prophétie
Par Domitille | Le 03/03/2010 à 00:00:00

Les prophéties divines sont connues pour leur caractère obscur et Crésus en fit lui aussi les frais.

Crésus

Crésus était roi de Lydie (en Asie Mineure) au VIe siècle avant J. -C, connu pour sa puissance mais aussi pour ses richesses(1).

Grand conquérant, il alla un jour à Delphes consulter la Pythie, oracle d'Apollon, pour savoir s'il serait vainqueur d'une guerre qui l'opposerait aux Perses. L'oracle répondit : « Si Crésus traverse l'Halys(2), il détruira un grand empire ». Confiant, Crésus partit donc en guerre pensant réduire en cendres le royaume Perse. Mais contrairement à toute attente, l'armée lydienne fut vaincue et Crésus fait prisonnier.

Convaincu qu'Apollon s'était trompé, Crésus envoya un messager pour protester contre la Pythie. À son retour, le messager annonça à son souverain ce qu'on lui avait dit à Delphes : la Pythie ne s'était pas trompée et la prophétie s'était bien réalisée : Crésus avait mal interprété les paroles de l'oracle. Oui, un grand empire avait été détruit… Ce n'était pas la chute de l'empire perse, mais bien celle de son propre empire que Crésus avait entraînée !

Conclusion ? Les dieux ne mentent jamais, seule l'interprétation des prophéties est mauvaise…


  1. (1) C'est d'ailleurs de là que vient l'expression riche comme Crésus.
  2. (2) Le fleuve Halys séparait les deux empires.
Sunday bloody sunday
Par Lagile | Le 28/02/2010 à 00:00:00

Peut-être, grâce au titre de cet article, venez-vous de reconnaître l'une des chansons phare du groupe irlandais U2(3), traitant de l'un des évènements les plus marquants du XXe siècle en Irlande : le Bloody sunday. En vérité, en près d'un siècle de cohabitation entre les Anglais et les Irlandais, il n'y a pas eu qu'un seul évènement tragique : il va donc falloir présenter les deux Bloody Sunday !

  1. Commençons donc par le premier, qui eut lieu le 21 novembre 1920.

    L'Irlande, ancienne possession anglaise, décide de se déclarer indépendante en 1919. Mais la manière dont le Dáil Éireann (le Parlement irlandais) valide la décision ne pousse pas les Anglais à les prendre au sérieux : des mouvements de colère commencent à apparaître dans le pays et la guerre débute réellement avec l'assassinat de deux policiers britanniques par l'IRA(4). C'est le début d'une partie de cache-cache géante entre les deux camps, l'IRA étant soutenue par la population – par exemple, des conducteurs de train ne voulant pas embarquer des soldats anglais, ou des habitants qui refusent de payer un impôt britannique.
    Perdant la face, les Anglais commencent à piller des villages, arrêtent des gens au hasard et en tuent certains pour « faire peur ». Finalement, une force paramilitaire sera créée : les Black and Tans(5), qui s'« amusent » encore plus que l'armée britannique. Les Auxiliaires, composés d'officiers spécialisés dans les guérillas, voient également le jour. Évidemment, les deux corps n'ont aucun ordre du gouvernement de brûler et piller tout ce qu'ils trouvent, mais bon, c'est pensé tellement fort qu'ils le comprennent ainsi(6). Mais on ne s'arrête pas là ! La guerre est définitivement ouverte lorsque le gouvernement britannique crée le Gang du Caire : dix-huit agents surentraînés flairant le nationaliste irlandais à des kilomètres à la ronde, épaulés par les Auxies (diminutif d'Auxiliaires).

    Finalement, on en arrive – « enfin ! » me semble soupirer le jeune homme dans le coin – au 21 novembre 1920. Ce jour là, des hommes de l'IRA tuent quinze membres du Gang du Caire ; en représailles, les Auxies décident d'aller se « détendre sur les Irlandais ». Il y a un match important de football gaélique à Croke Park : partant du principe qu'aucun Anglais sensé n'assiste à « cela », ils en déduisent par élimination que le stade sera rempli d'Irlandais. Ils tirent donc dans la foule, tuant quatorze personnes et en blessant soixante-cinq. Le 21 étant un dimanche, ce jour deviendra tristement célèbre sous le nom de Bloody Sunday (dimanche sanglant), premier du nom.

  2. Vous suivez encore ? Non, vous devant, ne bâillez pas ! Maintenant que vous semblez un peu plus réveillés, parlons du second Bloody Sunday.

    Nous voilà en 1972, toujours en Irlande. Cette fois, ce n'est plus tout à fait un problème Anglais vs. Irlandais, mais… Irlandais vs. Irlandais puisque l'opposition se fait entre les nationalistes irlandais (majoritairement catholiques), et les unionistes (plutôt protestants, qui prônaient un regroupement de tous les pays au sein du Royaume-Uni). Ces derniers « auraient bénéficié » du soutien de l'armée britannique (vu les tirs lors du second Bloody Sunday, le conditionnel est de trop ! ).

    La NICRA, regroupant divers mouvements réclamant l'égalité pour tous les citoyens nord-irlandais, ainsi que la fin des discriminations des protestants envers les catholiques(7), est fondée en 1967. Énorme avantage, elle accueille n'importe qui : on passe des communistes aux républicains en faisait un détour par les nationalistes, le tout mélangeant allégrement les religions. Dangerosité de la NICRA ? Ses actions faisaient passer Gandhi pour un dangereux terroriste ! En effet, elle prône la non violence et n'utilise que les marches, les manifestations et le sit-in.

    Revenons en à nos moutons, je sens que certains décrochent pour de bon… Le 30 janvier 1972, la NICRA décide de manifester pacifiquement à Londonderry (aussi appelé Derry) contre l'internement administratif(8), autorisé en 1971 par le Parlement. La manifestation dégénère et des parachutistes de l'armée britannique ouvrent le feu. Il existe actuellement deux versions de cette fusillade :

    • D'après les Anglais, les parachutistes ont été attaqués et auraient riposté le plus naturellement du monde pour se protéger ;
    • Pour les manifestants, les soldats se sont attaqués à eux car ils les savaient totalement désarmés, ce qui paraît logique au vu de l'idéal de la NICRA.

    Toujours est-il que vingt-huit manifestants sont atteints par les balles anglaises et quatorze décèderont des suites de leurs blessures. Ce second Bloody Sunday conduit à une recrudescence des sympathisants de l'IRA, relançant de manière importante la guerre civile en Irlande qui ne s'achèvera qu'en 1998 avec la signature de l'« accord de Belfast », prévoyant, entre autres, le désarmement des branches armées des partis politiques…


  1. (3) Pourquoi un tel nom ? Les services de renseignement d'Omnilogie tentent encore d'élucider cette question.
  2. (4) L'Irish Republican Army est un ensemble d'organisations paramilitaires qui luttaient contre la présence anglaise sur le sol irlandais.
  3. (5) Ce nom vient de la couleur de leur uniforme, vert sombre et kaki.
  4. (6) Winston Churchill, alors ministre, refusera de demander aux Black and Tans de réfréner leurs actions !
  5. (7) Rappelons que le gouvernement en place est soutenu par les britanniques, donc plutôt protestant.
  6. (8) L'individu se retrouve totalement privé de liberté, prouvant ainsi l'utilité de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme !
Un jugement tranché
Par Lagile | Le 18/02/2010 à 00:00:00

Si vous avez, parmi vos nombreuses qualités(9) l'impartialité et que vos amis font régulièrement appel à vous pour trancher, peut-être êtes-vous un lointain descendant de Salomon. Oui, parfaitement, vous m'avez bien lu : un descendant du roi d'Israël(10) !
Reprenons cette expression du « jugement de Salomon », que vous avez très certainement déjà entendue – je vous rappelle que vous êtes censé être impartial ! – à votre propos. D'où vient-elle, peut-on l'utiliser sans restriction – ah, l'éternelle question des droits d'auteur –, bref : comment s'en servir ?

Remontons quelques siècles en arrière : vous voilà au IXe siècle avant J.-C., en Israël. Pour corser un peu le jeu, imaginons que vous êtes le roi de ce pays. Pour l'instant, pas trop difficile : vous menez la grande vie, les peuples autour de vous sont unifiés grâce à votre sagesse, bref, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Là, deux prostituées arrivent – à l'époque, cela était autorisé – et viennent vous demander quelques instants pour trancher une épineuse question. En effet, ces femmes ont accouchées récemment dans une même maison, chacune donnant naissance à un enfant en pleine forme. Le problème ? L'une prétend que l'autre, en dormant, aurait écrasé son bébé et plutôt que d'assumer son geste, aurait échangé les deux rejetons, lui donnant le nouveau-né décédé. Ne reconnaissant pas son enfant au lever du jour, une dispute entre les deux aurait éclaté, les menant devant le roi – c'est-à-dire vous – pour les départager. La question est donc : qu'auriez-vous fait ?
Reprenons le véritable cours de l'histoire, plutôt que d'imaginer ce pauvre homme jouant à « am stram gram… ». Salomon, ayant quelques notions sur les instincts maternels, demande à un de ses gardes de s'approcher. Il ordonne à l'homme de couper en deux l'enfant qui est en vie et d'en donner la moitié à chacune. L'une s'oppose immédiatement à cette décision, préférant laisser l'enfant en vie à sa rivale que de le voir mourir ; tandis que l'autre se réjouit de ce choix « judicieux ». Le roi sait alors qui est la véritable mère, au grand étonnement de tous. Il se penche vers la première femme et lui confie le nourrisson.

Du coup, il est plutôt flatteur de se faire décerner le titre de Salomon quand vous résolvez astucieusement un conflit, n'est-ce pas ?


  1. (9) Première règle : toujours flatter son lectorat, surtout les lecteurs d'Omnilogie !
  2. (10) Même si rapprocher une qualité morale d'un quelconque bagage génétique est relativement aberrant…
La guillotine
Par christophetd | Le 15/02/2010 à 00:00:00

La guillotine(11) est une machine autrefois utilisée pour mener à bien des exécutions. Le principe est simple : une lame est suspendue à une corde, reposant à la verticale de la tête du condamné. Au moment voulu, le bourreau lâche la corde et la lame tombe d'une hauteur d'environ deux mètres, tranchant net la tête sur laquelle elle tombait et la laissant tomber dans un panier qui se trouvait au-dessous.
Une guillotine

L'inventeur de cette machine de mort est Antoine Louis (d'où son deuxième nom, la louisette).
En 1789, le docteur Joseph Guillotin présente un projet de réforme du droit pénal visant à exécuter tous les condamnés de la même façon – le moins douloureusement possible – à l'aide d'une machine mécanique : la future guillotine. Ce n'est en effet pas le cas à l'époque : les nobles étaient décapités à l'épée, les roturiers (personnes non nobles) à la hache, les régicides (assassins royaux) écartelés et les hérétiques brûlés sur un bûcher. Quant aux voleurs, ils étaient roués ou pendus…
Le projet sera accepté et le nom de Guillotin donné à l'instrument, malgré les protestations que le docteur émettra jusqu'à sa mort en 1814.


  1. (11) Également appelée louisette.
La dictée impossible
Par Lagile | Le 05/02/2010 à 00:00:00

Souvenez-vous de vos jeunes années passées sur les bancs scolaires, à retenir des noms d'empereurs ou à subir les affres des matières littéraires. Vous parvenez à vous revoir, le stylo-plume à la main – car oui, en ces temps reculés, vous étiez obligé d'en avoir un – vous demandant comment on accorde ces satanés participes passés féminins ou comment orthographier certaines expressions, etc. Bref, le français et ses fameuses dictées, c'était la galère et vous êtes heureux d'en être sorti.

Imaginez maintenant que vous soyez l'impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, et que vous ayez envie de vous distraire. Évidemment, dois-je le rappeler, les moyens sont relativement réduits ! Elle fait donc appel à Prosper Mérimée, un écrivain et historien français. Et là, plutôt que de lui demander un récit sur une civilisation lointaine – ou, pour faire simple : un roman –, elle souhaite… une dictée. Oui, mesdames et messieurs, l'un des pires moyens de torture(12) de l'éducation des collégiens était un divertissement deux siècles auparavant !
Prosper arrive donc, fier comme un coq d'être sollicité par l'impératrice en personne, et laisse un des textes de référence pour les enseignants sadiques que nous avons pu connaître au cours de notre scolarité. Rien que pour la beauté du regard, je vous laisse savourer l'œuvre de l'écrivain :

Pour parler sans ambiguïté, ce dîner à Sainte-Adresse, près du Havre, malgré les effluves embaumés de la mer, malgré les vins de très bons crus, les cuisseaux de veau et les cuissots de chevreuil prodigués par l'amphitryon, fut un vrai guêpier.
Quelles que soient et quelqu'exiguës qu'aient pu paraître, à côté de la somme due, les arrhes qu'étaient censés avoir données la douairière et le marguillier, il était infâme d'en vouloir pour cela à ces fusiliers jumeaux et mal bâtis et de leur infliger une raclée alors qu'ils ne songeaient qu'à prendre des rafraîchissements avec leurs coreligionnaires.
Quoi qu'il en soit, c'est bien à tort que la douairière, par un contresens exorbitant, s'est laissé entraîner à prendre un râteau et qu'elle s'est crue obligée de frapper l'exigeant marguillier sur son omoplate vieillie. Deux alvéoles furent brisés, une dysenterie se déclara, suivie d'une phtisie, et l'imbécillité du malheureux s'accrut.
— Par saint Martin, quelle hémorragie, s'écria ce bélître !
À cet événement, saisissant son goupillon, ridicule excédent de bagage, il la poursuivit dans l'église tout entière.

— Prosper Mérimée

Plutôt jolie, n'est-ce pas ? L'empereur fit soixante-quinze fautes, sa femme remontant légèrement le niveau en n'en faisant « que » soixante-deux ; Alexandre Dumas père se prit au jeu et dépassa de peu les vingt fautes. Seul Metternich, l'ambassadeur d'Autriche, eut un score tout à fait honorable : trois fautes !
M. Dumas lui aurait alors demandé quand il comptait se présenter à l'Académie français pour [leur] apprendre l'orthographe, légèrement dépité devant la supériorité orthographique de Metternich.

Si vous voulez étonner vos amis, vous pouvez tenter de l'apprendre par cœur et de la réciter devant leurs yeux éblouis, ou, plus simplement mentionner le fait qu'il existe deux versions de cette fameuse dictée : vos invités seront soufflés devant tant de savoir – vous êtes un lecteur d'Omnilogie je vous rappelle, vous pouvez les étonner – et ne chercherons pas plus loin, vous évitant ainsi quelques débats houleux sur « ai-je bien accordé ? » !


  1. (12) Rassurez-vous : la dictée est totalement bannie dans les centres pénitentiaires !
Un article à jeter aux toilettes !
Par Tanguy | Le 02/02/2010 à 00:00:00

Petite devinette…

  • Vous m'utilisez tous les jours(13) ;
  • Je suis rose ou blanc, généralement doux et souvent rempli de motifs plus ou moins complexes ;
  • Si on vous demande mon origine, vous ne saurez pas répondre.

Des idées ? Non ? Pourtant ce n'est pas compliqué. Un dernier indice ? « WC ».
Toujours pas ? Le papier toilette bien sûr !

Je suppose que personne ne connaît son origine ? Tant mieux, vous dormirez tous moins bête ce soir !

La création du papier hygiénique remonte à l'Antiquité. À l'époque, pas question de papier : les pauvres utilisaient leurs doigts ou des cailloux, et les riches des poireaux (ou plus généralement leurs vêtements). Les Romains se servaient aussi des cailloux, les plus aisés pouvant même profiter de la douceur de serviettes en tissu. À la fin du Ie siècle, la laine est adoptée comme papier toilette et il est courant de la parfumer.

Au Moyen Âge, on utilise un bâton et on fignole avec du foin ou des feuilles. En Chine, le bâton est déjà répandu depuis longtemps et on se le passe de père en fils ! En revanche, on se sert de coquillages dans le reste de l'Asie.
Dans les siècles qui suivirent, les doigts et les vêtements étaient le plus couramment utilisés, car le papier reste rare, cher et réservé aux écrits.

Durant les XVIIe et XVIIIe siècles, le papier est encore peu courant, mais on sait que de nombreux manuscrits ont fini peu glorieusement comme papier toilette.

Au XVIIIe siècle, les journaux se développent et deviennent le papier hygiénique le plus utilisé.
Durant le XIXe siècle, l'hygiène n'est pas le souci principal des médecins… Cependant les mœurs évoluent et les connaissances en médecine également. Le corps médical anglais précise que le papier toilette doit impérativement être neuf, car il était alors fréquent de réutiliser un morceau de journal…

Le papier toilette tel qu'on le connaît aujourd'hui est crée pour la première fois aux États-Unis en 1857 par la Cayet's medicated paper ; considéré comme un luxe, les Américains continuent d'utiliser jusqu'au début de la Seconde guerre mondiale les catalogues et les journaux. En Europe, Figaro et Monde continuent d'être employés jusqu'à la moitié du XXe siècle !

Le papier toilette est une marchandise comme une autre pour vous… mais les grandes multinationales américaines font des bénéfices énormes (de l'ordre du milliard de dollars par an ! ).
Sa consommation ne cesse d'augmenter(14) et cette utilisation en hausse constante inquiète les associations pour la sauvegarde de l'environnement, qui préconisent l'utilisation de papier issu du recyclage.


  1. (13) Du moins j'espère…
  2. (14) Un Français utilisait en moyenne un demi kilogramme de papier toilette par an en 1960 contre treize kilogrammes aujourd'hui.
Petit manuel de conversation à l'usage du soldat américain
Par Neamar | Le 29/01/2010 à 00:00:00

French language guide

Le 21 juin 1943, le war Department (« ministère de la guerre ») américain publie un petit manuel de 61 pages bureaucratiquement nommé « TM 32-302 French Language Guide ». Son contenu ? Les rudiments du français parlé.

Un an plus tard – sur les plages normandes – le bien connu débarquement a lieu, et des milliers de G.I. débarquent munis de leur casque, de leur fusil, de leur ration de corned-beef… et d'un petit manuel bleu de communication pour pouvoir demander le chemin aux autochtones (les Français, si vous n'aviez pas suivi).

Comme on va le voir, le but n'était pas de maîtriser toutes les subtilités de notre belle langue, mais de pouvoir survivre quelques jours sur cette terra incognita

Petit quizz : auriez-vous compris le soldat qui vient toquer à votre porte et balbutie les onomatopées suivantes (petit jeu : un intrus s'est glissé, saurez-vous le retrouver ? ) :

Quizz
Question Réponse
(passez votre souris sur une question pour afficher la réponse)
Bawn-joor Bonjour
Kaw-mahn-t/ah lay voo ? Comment allez-vous ?
Oo sawng lay sawl-da-z/ah-may-ree-kang Où sont les soldats américains ?
Juh nuh kawm-prahng-pa. Je ne comprends pas
Par-lay lahnt-mahng, seel voo play Parlez lentement s'il vous plaît
Kess kih say kuh sa ? Qu'est ce que c'est que ça ?
Suh nay pa bawng Ce n'est pas bon
Oo ay luh la-va-bo ? Où est le lavabo ?
Kawn-dwee-zay-mwa shay-z/unung dawktur. Conduisez-moi chez un docteur.
Ouéch kikoo lol lol Bonjour comment vas-tu ?
Voo suh-ray ray-kawn-pahn-say. Vous serez récompensés
Kawm-pruh-nay voo ? Comprenez-vous ?

Dans la préface de ce French Language Guide se dissimule un renseignement historique important :

Published for military personnel only [...]
By order of the Secretary of War : G. C. Marshall, Chief of Staff(15).

— Introduction à la langue française

Pourquoi restreindre le contenu d'un tel livre aux forces armées américaines ? Parce qu'à la parution du manuel, l'Allemagne ignore encore les projets de débarquement américain : si les nazis avaient découvert que l'Amérique enseignait le français à ses troupes, peut-être auraient-ils compris…


  1. (15) Publié pour le personnel militaire uniquement, par ordre du secrétaire de Guerre G. C. Marshall.
Ô Icare, suspends ton vol !
Par Lagile | Le 18/01/2010 à 00:00:00

Que celles et ceux qui n'ont jamais voulu voler de leurs propres ailes – au sens propre j'entends – se fassent connaitre ! Personne ? Rien de surprenant à cela – il faut dire qu'à force de lire Peter Pan, voir des avions décoller tous les jours etc. il y a de quoi vouloir à son tour prendre un peu de hauteur. Mais quelques millénaires plus tôt, bien avant que Sir James Matthew Barrie ne popularise les E.V.N.I, il faut savoir qu'Icare avait déjà ouvert la voie.

Icare(16) était le fils de Dédale, l'architecte du fameux labyrinthe éponyme. Hélas, aider la fille de Minos n'a pas été la meilleure idée de Dédale : en effet, seul lui savait comment sortir de cet endroit et c'est donc grâce à son intervention que Thésée réussit à sortir du labyrinthe une fois le Minotaure achevé. Le roi se mit en colère, car en théorie, personne ne peut s'extraire de ce piège mortel ! Il emprisonna alors notre pauvre Dédale dans sa propre construction, accompagné de son fils – Icare.
Après un moment à tourner en rond, l'architecte dut se rendre à l'évidence : il était très doué pour créer des endroits dont on ne pouvait s'échapper. La preuve, lui-même n'y parvenait pas ! Mais un éclair de génie le frappa : la fuite peut être entravée par la terre et par l'eau, mais l'air et le ciel sont libres. Voilà donc notre ami qui crée deux paires d'ailes, cousant les plumes les plus longues et fixant les plus courtes avec de la cire ; puis harnachant l'ensemble dans le dos… par de la cire. En père prévenant, il demande à son fils de ne pas voler trop haut – le Soleil ferait fondre la cire – ni trop bas – les embruns de la mer tremperaient les plumes.
Père et fils prennent donc leur envol et s'en tirent plutôt bien pour des humains ; mais voilà qu'Icare, comme la plupart des enfants, décide de ne pas écouter son père(17) et se rapproche de plus en plus du Soleil sans se soucier des gouttes de cire qui perlent sous lui. Eh oui, celle-ci est bel et bien en train de fondre ! Ses ailes finissent par rompre, faisant chuter l'adolescent dans la mer.

Que retenir de cette histoire ? Peut-être qu'il faut écouter ses aînés, mais surtout, que le ciel n'est pas réellement adapté à l'homme ; à moins que dans l'avenir, la génétique ne fasse des progrès considérables !


  1. (16) Encore un personnage grec, décidément…
  2. (17) Dommage qu'ici, ça lui ait coûté la vie.
Il me manque un Napoléon
Par melepe | Le 05/01/2010 à 00:00:00

Effectuons, si vous le voulez bien, un voyage dans le passé pour en revenir à vos dix-onze ans : vous voilà sur le banc de votre classe, en CM2(18). Pas de chance, aujourd'hui est un jour d'interrogation d'histoire… Vous n'aviez pas révisé ? Tant pis, vous lisez le sujet bon gré mal gré et vous remplissez votre copie grâce à vos souvenirs de l'époque.
Quelques jours plus tard, votre institutrice vous rend les devoirs. Le vôtre n'est pas fameux, c'est à peine si vous avez plus de cinq réponses justes. En regardant vos erreurs, vous vous apercevez que l'on vous a injustement refusé les points de la question : Combien la France a-t-elle connu d'empereurs depuis la Révolution Française de 1789 ? Quelles ont été les dates de règne de ces empereurs ?

Mais ça n'est pas normal  ‽ J'avais pourtant bien mis les deux empereurs, Napoléon Ier et Napoléon III !

Certes… Mais ce « trou » entre les deux monarques ne vous a-t-il jamais choqué ? Pourquoi sommes-nous passés du I au III, sans transition ? Pourtant, il y a bel et bien eu un Napoléon II ; et qui plus est, il a été officiellement proclamé empereur deux fois.

Napoléon François Charles Joseph Bonaparte, ou Napoléon II

Cet empereur méconnu est en fait le fils de Napoléon Bonaparte (le premier, donc) et de Marie-Louise d'Autriche(19), né le 20 mars 1811. Après la Campagne de France où il est vaincu, Napoléon Ier abdique et donne ses pouvoirs à son fils, le 4 avril 1814. Cependant, il est forcé par la sixième Coalition de les lui retirer le 6 avril 1814 : le règne de Napoléon II n'aura duré que deux jours.

Malgré tout, comme vous le savez plus probablement, Napoléon n'a alors pas dit son dernier mot : de l'île d'Elbe où il a été exilé, il revient en France, fonde de nouveau un Empire et rend à son fils, l'Aiglon, son titre de prince impérial, ce qui de nouveau le propulse Empereur lors de l'abdication de son père le 22 juin 1815 : Ma vie politique est terminée, et je proclame mon fils, sous le titre de Napoléon II, empereur des Français.
Cependant, exilé en Autriche à cette époque-là, Napoléon II n'aura peut-être jamais été au courant de ce retournement de situation, puisque ce second règne prend fin quelques semaines plus tard, avec l'arrivée de Louis XVIII à Paris et au pouvoir.

Il vécut ainsi le restant de sa vie dans le château royal autrichien, jusqu'à sa mort suite à une tuberculose en 1832 ; il est ensuite enterré en Autriche.
Fin de l'histoire, donc ? Eh bien non, car si un jour l'envie vous prend de visiter les tombeaux de l'hôtel des Invalides, vous verrez celui de Napoléon II : ses restes ont été déposés à cet endroit lors de l'occupation, sur ordre d'Hitler.

Au fait, pour en revenir à l'interrogation, vous rappeliez-vous des dates de règne de Napoléon Ier et de Napoléon III ? Elles étaient respectivement du 2 décembre 1804 au 4 avril 1814 et du 20 mars 1815 au 22 juin 1815 pour Napoléon Ier, et du 2 décembre 1852 au 2 septembre 1870 pour Napoléon III. Vous aviez bon ?


  1. (18) Pour les non-français, le CM2 est la dernière classe de primaire.
  2. (19) Napoléon ayant d'ailleurs répudié sa première femme, Joséphine de Beauharnais, car elle ne pouvait pas lui donner d'enfant.
L'impossible localisation d'Alésia
Par Ma~ | Le 04/01/2010 à 00:00:00

La bataille d'Alésia est restée dans les mémoires : elle oppose, en 52 avant notre ère, deux illustres chefs de guerre : Jules César, le Romain et Vercingétorix, le Gaulois.
La bataille d'Alésia met fin à la dernière révolte de la Gaule contre les Romains. Vercingétorix est réfugié avec ses troupes sur une position fortifiée, l'oppidum(20) d'Alésia. Dans la Guerre des Gaules, Alésia est décrite par César comme étant imprenable… Pourtant, César et ses légionnaires réalisent un encerclement méthodique de la ville que rien ni personne ne peut briser. Les assiégés finissent par capituler. La Guerre des Gaules est finie : la guerre des archéologues n'a pas encore commencé.

Mais où se trouve Alésia ? On ne sait pas…

Une tradition situe Alésia en Bourgogne, sur un petit relief appartenant à la commune de Alise-Sainte-Reine… Le nom d'Alise ne semble-t-il pas directement dérivé d'Alésia ? Mais tout change en 1855, lorsqu'une société savante, la Société d'émulation du Doubs, propose de localiser Alésia à Alaise, dans le Doubs, et recueille le soutien de plusieurs savants, spécialistes de géographie historique. Des savants bourguignons protestent alors vivement en faveur d'Alise. La querelle devient vite nationale et prises de partie de savants par brochures ou voie de presse se multiplient. Napoléon III lui même s'y intéresse : pour ramener le calme, il crée une Commission de la topographie de la Gaule, chargée de coordonner un programme de fouilles et de dresser une carte exacte de la France.

Ce qui est certain, c'est qu'en chacun de ces lieux, les fouilles ont révélé de quoi alimenter la polémique ! À Alise-Sainte-Reine, cependant, existent, repérées par avion, des traces de fortifications et de remparts bien précises. Alors peut-être est-ce Alésia, peut-être pas…


  1. (20) Embryon de ville caractéristique de la civilisation celtique, il se situe souvent sur une colline, un plateau et remplit surtout une fonction défensive.
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