Prochain omnilogisme : 16/03/2010 à 0:00
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Total : 6 omnilogismes.
Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord traversa au cours de sa carrière cinq régimes politiques successifs, ce qui lui vaudra le surnom amplement mérité de « prince de bien au vent ».
Fils aîné de grande noblesse française déchu de son droit d'aînesse à cause de son pied-bot, l'individu devient évêque d'Autun et est élu député du clergé aux États-Généraux en 1789.
Il signe la Constitution Française de 1791(1), et propose (et applique) la confiscation des biens du clergé (première incohérence dans l'histoire rocambolesque du personnage).
Anticipant la Terreur, il s'exile en Angleterre puis retourne en France en 1796, et un an plus tard le voilà déjà nommé ministre des Relations Extérieures du Directoire.
En 1799, il contribue au coup d'état du 18 brumaire, ce qui le met dans les bonnes grâces de Bonaparte qui le confirme alors dans son rôle de ministre des Affaires Extérieures. Il prend du grade en 1804 et devient grand Chambellan, puis est fait prince de Bénévent (petite principauté prise au Pape ; du beau pour un ancien évêque ! ) en 1806.
Mais une nouvelle fois, Talleyrand sent qu'il est temps de changer de barque : il est persuadé que la France ne résistera pas au reste de l'Europe coalisée, et particulièrement aux Autrichiens. Il rentre donc en contact secret avec le Tsar et lui conseille de refuser les propositions d'alliance de Napoléon pour se rapprocher plutôt des Autrichiens, tandis qu'il prépare avec Fouché et Murat la succession de Napoléon Ier.
Apprenant la trahison, Napoléon convoque quelques grands noms du royaume ainsi que Fouché et l'omniprésent Talleyrand. Prenant à parti l'intrigant, l'Empereur craque et finit par l'insulter ouvertement : vous êtes de la merde dans un bas de soie !
Déchu dès le lendemain de ses fonctions, Talleyrand conserve cependant sa place au Conseil, et traite ouvertement avec l'Autriche.
En 1814, sentant à nouveau le vent tourner dans la direction qu'il avait prévu, Talleyrand se rapproche des Bourbons. Après la chute de Napoléon, il est donc nommé ministre des Affaires Étrangères (c'est une lubie chez lui) par… Louis XVIII, qui semble lui pardonner.
Il continue de jongler avec les puissants jusqu'en 1834 où un ras-le-bol généralisé finit par le forcer à démissionner de ses fonctions.
Les incessants revirements de cette incarnation de l'Ancien Régime traversant cette période violente et mouvementée de l'histoire de France tout en restant dans les hautes sphères du pouvoir agacent évidemment ses contemporains, qui ne sont pas tendres avec le diable boiteux
, tel François-René de Chateaubriand :
Tout à coup une porte s'ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché.
La loi est l'expression de la volonté générale. […] Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse.
L'argent n'a pas d'odeur
est une expression souvent utilisée pour un bien mal acquis dont on préfère ignorer la provenance
, mais connaissez-vous l'origine du proverbe ?
Vespasien fut empereur Romain de 70 à sa mort. Il fut un gestionnaire rigoureux de l'Empire, grâce notamment à une politique d'imposition majeure, souvent décriée par ses contemporains.
À Rome, l'urine des toilettes publiques était récupérée dans des grands bacs qui servaient à faire la lessive en rendant le linge plus blanc grâce à l'ammoniac contenu dans l'urine.
Vespasien avait décidé de créer un impôt sur l'urine pour renflouer les caisses vidées par Néron. Son fils Titus, le futur empereur, lui reprochait cette nouvelle taxe. Vespasien déposa alors devant son fils les sacs de pièces (ou une unique pièce, les versions divergent) rapportées par ce nouvel impôt et lui demanda si l'odeur l'importunait, pour conclure d'un cinglant pecunia non olet – l'argent n'a pas d'odeur.
Nous connaissons tous l'expression « La garde meurt mais ne se rend pas », généralement attribuée au général Cambronne. Celui-ci l'aurait lancée aux troupes anglaises qui lui sommaient de se rendre avec la Garde Impériale qu'il commandait, lors de la bataille de Waterloo(2), alors qu'il était déjà blessé.
Victor Hugo commentera cet acte d'héroïsme dans Les Misérables, arguant que l'homme qui a gagné Waterloo, c'est Cambronne : « Foudroyer d'un tel mot le tonnerre qui vous tue, c'est vaincre ».
Mais la réalité pourrait bien être toute autre, et beaucoup moins épique ! Cette phrase aurait en fait été prononcée par un autre général français, le Général Michel qui décéda à Waterloo.
Cambronne aurait bien été confronté à la même situation, mais sa réponse aux demandes de reddition aurait été beaucoup plus prosaïque ; se contentant d'un mot, le « mot de Cambronne »(3) (chastement nommé ainsi pendant de nombreuses années, mais notre société n'a maintenant plus peur des mots et n'a plus besoin d'une périphrase pour dire « merde »). Ce qui ne manque pas d'ironie, puisque dire merde à quelqu'un, c'est lui souhaiter bonne chance. Paradoxal pour des combattants !
Cambronne à Waterloo a enterré le premier empire dans un mot où est né le second.
Dès le début de la Révolution, le Roi Louis XVI est petit à petit dépouillé de tous ses pouvoirs par l'Assemblée Nationale. S'il peut jusqu'en juin 1792 s'opposer à certaines décisions de l'Assemblée grâce à son droit de veto, Louis XVI doit pourtant baisser les bras après la journée du 10 août 1792 : échauffés par le manifeste de Brunswick et la menace d'une « exécution militaire » de la capitale, les Parisiens se rendent aux Tuileries et massacrent la Garde Royale. Le Roi s'enfuit avec la Reine Marie Antoinette et le Dauphin Louis XVII, et va trouver refuge à l'Assemblée où il déclare [qu'il est] venu ici pour éviter un grand crime et [qu'il se] croira toujours en sûreté au milieu des représentants de la Nation
. Un vœu pieux qui n'aura rien de prémonitoire…
Le même jour, l'Assemblée, alors à majorité Girondine, décrète la « suspension provisoire » du Roi et la formation d'une Convention Nationale. Louis XVI est emprisonné au Temple avec sa famille ; le dauphin y finira d'ailleurs sa vie deux ans plus tard. La nouvelle Assemblée (nommée Convention) élue au suffrage universel proclame la République le 21 septembre 1792, au lendemain de la victoire de Valmy.

Le 3 décembre, Louis XVI est mis en accusation pour « intelligence avec les puissances ennemies » suite à la découverte de “l'armoire de fer”. Il est appelé à la barre de l'Assemblée les 11 et 23 décembre, sous le nom de Louis Capet, pour « crimes contre l'humanité » – première apparition de cette inculpation qui fera florès.
Sous l'impulsion notamment des Montagnards, le Roi est déclaré coupable par 691 députés sur 718 le 15 janvier 1793. Le lendemain doit être rendu le jugement sur la peine à appliquer : 387 députés votent pour la mort et 334 pour la détention. Un contre-appel est effectué le lendemain : cette fois, on compte 361 voix pour la mort, contre 360 pour la détention… après 36 h de vote, le verdict tiendra donc à une voix !
L'exécution de Louis XVI fera de lui un martyr pour les partisans de la monarchie. Elle annoncera aussi la radicalisation de la Révolution et la Terreur : avant ce procès, les Girondins étaient tentés de stopper la Révolution, la démocratie étant instaurée. Bien entendu, on ne peut refaire l'histoire aussi facilement, mais il est intéressant de constater qu'une phase clé de « notre » révolution s'est jouée à une unique voix.

Rêvant de conquérir l'Italie, Pyrrhus, roi d'Épire, déclare en 280 av. J.-C. la guerre à Rome. Avec 25 000 hommes et des éléphants qui effraient grandement leurs adversaires, les Grecs menés par Pyrrhus commencent par remporter de nombreuses victoires. Mais si les Romains perdent effectivement plus d'hommes que les Grecs, ils peuvent plus facilement les remplacer.
En 279 av. J.-C. a lieu une nouvelle bataille à Ausculum. Pyrrhus y remporte à nouveau la victoire, mais au prix d'énormes pertes au sein de son armée, ce qui le contraint à se retirer un temps en Sicile. Après cette bataille, il aurait prononcé la phrase suivante : Encore une victoire comme celle-là et nous sommes perdus !
d'où l'expression une victoire à la Pyrrhus qui désigne une victoire au coût dévastateur pour le vainqueur.
Pyrrhus tente à nouveau quelques années plus tard de conquérir l'Italie, mais il est définitivement vaincu en 274 av. J.-C.
De nombreuses batailles historiques ont depuis été qualifiées de victoires à la Pyrrhus : citons entre autre la bataille d'Eyleau (victoire napoléonienne), le siège de Fort Alamo, la guerre des Boers ou encore la bataille de la Marne (première guerre mondiale).
Ces mots auraient été prononcés par Jacques de Molay, grand-maître de l'Ordre des Templiers, lors de son supplice sur le bûcher de l'île aux Juifs à Paris le 19 mars 1314.
L'Ordre souverain des Chevaliers du Temple de Jérusalem fut fondé en 1128 par Hugues de Payns pour assurer la garde des Lieux Saints de Palestine et protéger les routes des pèlerinages. Cette force militaire extrêmement organisée accompagna toutes les Croisades. Amassant de grandes fortunes par leurs pillages des villes conquises, étant exemptés d'impôts, ils devinrent rapidement très riches et furent sollicités par les différentes cours d'Europe pour des prêts d'argent : en quelque sorte, ils furent les premiers banquiers de l'histoire !
Mais au XIVe siècle, le roi de France Philippe IV (dit le Bel), lourd débiteur de l'Ordre, décide de s'attaquer aux Templiers afin de s'approprier leurs richesses. Guillaume de Nogaret, son Garde des Sceaux, est chargé de mener l'« enquête » et le procès qui doit éliminer l'Ordre des Templiers.
Le vendredi 13 octobre 1307, Jacques de Molay, le grand-maître, et les 140 Chevaliers de la maison-mère sont arrêtés à l'Hôtel du Temple par Guillaume de Nogaret, sous des chefs d'inculpation douteux (profanation de la croix, idolâtrie d'une tête de chat, sodomie), tout comme des centaines d'autres Templiers de Province(4).
Le procès dure près de sept ans et, un à un, sous les tortures prodiguées par Guillaume de Nogaret, les Chevaliers du Temple finissent par avouer les crimes imaginaires qu'on leur impute. Sous la pression de Philippe le Bel, le pape Clément V émet le 3 avril 1312 la bulle Ad providam, annonçant la suppression de l'Ordre.
Le 18 mars 1314, Jacques de Molay, emprisonné depuis sept ans dans la prison du Temple, est conduit devant la cathédrale de Notre-Dame de Paris pour entendre le verdict du procès, en compagnie de Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie, de Hugues de Payraud, visiteur général de l'Ordre, et de Geoffroy de Gonneville, Commandeur d'Aquitaine. La sentence des juges ? La prison à vie. Mais Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay haranguent la foule, affirmant que leurs aveux ont été volés, que les Templiers n'ont commis aucun crime et sont victimes d'une machination. Les deux hommes sont alors condamnés au bûcher(5).
Le lendemain, 19 mars 1314, sur le bûcher dressé sur l'île aux Juifs (en face du Palais de la Cité) Jacques de Molay s'écrie : Pape Clément ! Roi Philippe ! Avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment ! Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races !
Ironiquement, la malédiction du grand-maître allait s'avérer exacte : Clément V décède le 20 avril 1314 d'étouffement. Philippe le Bel meurt dans la nuit du 26 au 27 novembre 1314 d'un ictus cérébral ; ses trois fils mourront dans les douze années à venir, sans laisser de descendance mâle, mettant fin à la lignée des Capétiens directs.