Prochain omnilogisme : 13/03/2010 à 0:00
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L'omnilogie… un néologisme du XXIe siècle. D'un côté, omni, un préfixe pour indiquer “le tout”. De l'autre, logie, suffixe apposé sur toutes les disciplines se réclamant d'un discours savant. Le résultat ? L'omnilogie, une science du tout, et paradoxalement du rien.
Du tout, parce que tous les sujets peuvent y êtres abordés : science, art, applications du quotidien, ou n'importe quel domaine de culture générale. De rien, parce que les articles se contentent d'effleurer la surface du sujet – pour n'en récolter que la fine fleur. Ici, pas de développements complexes : chaque article fait quelques paragraphes au maximum, et se veut accessible à un public non averti.
Vous y trouverez donc pêle-mêle des récits historiques, des réflexions sur la société, des informations sur la vie courante, des anecdotes, des conseils… et chaque jour, un nouvel omnilogisme paraît, écrit par un omnilogiste différent de celui d'hier : une rotation permanente qui permet un brassage des idées et des cultures.
Pour se coucher moins bête le soir.

Je ne ferai pas l'injure au lecteur d'expliciter le terme « échec et mat », que chacun a dû rencontrer au moins une fois dans sa vie, que ce soit lors d'une partie d'échec ou dans une expression figurée.
Mais si le contexte d'utilisation est clair, la signification mérite quant à elle un article. La plupart des joueurs d'échecs se sont malheureusement vus enseigner une mauvaise traduction, qui clame qu'« échec et mat » signifie « le roi est mort ». Tentons de rétablir la vérité…
Allons dans l'ordre et commençons par le commencement. « Échec et mat » provient de shah mat. Partant du principe que mat en arabe signifie « mort » et shah « roi », il a longtemps été considéré que l'expression signifiait littéralement le massacre du roi ennemi en fin de partie.
Mais les échecs sont plus subtils ! Toutes les pièces sont tuables, à l'exception du roi : le dernier coup que l'on porte au maître du plateau n'est jamais joué, et sa capture – pas sa mort – est symbolisée par le couchage de la pièce sur l'échiquier. Autrement dit, la symbolique du jeu (« le roi se rend ») ne s'accorde pas à son oral (« le roi est mort »).
Sauf que shah mat ne vient pas des Arabes ! Ceux-ci ont récupéré le jeu des Perses. Et en perse, si shah signifie toujours « roi », mat ne se traduit par par « mort », mais par « capture », « embuscade », « défaite ».
Le premier avertissement, shah (mal translittéré par « échec », ce qui enlève le rapport entre l'interjection et la pièce) indiquait à l'autre joueur que son roi (son Shah) était en danger, et qu'il fallait faire une action pour le sortir de ce mauvais pas. La seconde phrase – « échec et mat » – était ensuite un moyen civilisé de résoudre la situation, non pas en décapitant le monarque mais en montrant à son adversaire que la partie est finie, le roi étant acculé et n'ayant plus aucun moyen de se défendre. Bref, une guerre idéaliste… et idéalisée.
Petite question : sauriez-vous trouver la différence entre ces unités :
Vous aurez remarqué la présence d'une majuscule sur certaines unités – l'ampère et le litre – mais pas sur le mètre. Il est en effet incorrect de dire « un courant de 2a » ou « un terrain de 25 M de longueur ».
Mais comment sait-on s'il faut une majuscule ? Une question aussi simple mérite une réponse claire : on mettra une majuscule si le nom de l'unité dérive d'un nom propre. Mais attention ! Cette règle n'est valable que pour les abréviations (qui sont des entités mathématiques). On dira donc « 220V » ou « 220 volts », mais pas « 220 Volts ». Cela se justifie car une fois explicitée, l'unité devient un nom commun qui n'a alors plus droit à sa majuscule. Les typographes élitistes penseront à placer une espace insécable entre la valeur et l'unité, tout en veillant à ne jamais le mettre en italique.
Quelques exemples de noms-propres-unités ? L'ampère (A), le volt (V), le watt (W), le newton (N)…
La règle est respectée même pour les symboles : ainsi l'ohm se note , un omega majuscule (à comparer au omega minuscule &omega).
Mais, me direz-vous, ton troisième exemple de départ (3L) est faux ! Effectivement, M. Litre n'a jamais existé (ou en tout cas, il n'a pas laissé son nom à la postérité). Cependant, avec certaines polices le l minuscule se confond avec le 1 (preuve : l 1), et pour lever toute ambigüité on autorise les deux formes : vous pourrez donc boire 1,5 l d'une bouteille de 2L.
Mais n'allez pas dire que c'est l'exception qui confirme la règle !

Le 21 juin 1943, le war Department (« ministère de la guerre ») américain publie un petit manuel de 61 pages bureaucratiquement nommé « TM 32-302 French Language Guide ». Son contenu ? Les rudiments du français parlé.
Un an plus tard – sur les plages normandes – le bien connu débarquement a lieu, et des milliers de G.I. débarquent munis de leur casque, de leur fusil, de leur ration de corned-beef… et d'un petit manuel bleu de communication pour pouvoir demander le chemin aux autochtones (les Français, si vous n'aviez pas suivi).
Comme on va le voir, le but n'était pas de maîtriser toutes les subtilités de notre belle langue, mais de pouvoir survivre quelques jours sur cette terra incognita…
Petit quizz : auriez-vous compris le soldat qui vient toquer à votre porte et balbutie les onomatopées suivantes (petit jeu : un intrus s'est glissé, saurez-vous le retrouver ? ) :
| Question | Réponse |
|---|---|
| (passez votre souris sur une question pour afficher la réponse) | |
| Bawn-joor | Bonjour |
| Kaw-mahn-t/ah lay voo ? | Comment allez-vous ? |
| Oo sawng lay sawl-da-z/ah-may-ree-kang | Où sont les soldats américains ? |
| Juh nuh kawm-prahng-pa. | Je ne comprends pas |
| Par-lay lahnt-mahng, seel voo play | Parlez lentement s'il vous plaît |
| Kess kih say kuh sa ? | Qu'est ce que c'est que ça ? |
| Suh nay pa bawng | Ce n'est pas bon |
| Oo ay luh la-va-bo ? | Où est le lavabo ? |
| Kawn-dwee-zay-mwa shay-z/unung dawktur. | Conduisez-moi chez un docteur. |
| Ouéch kikoo lol lol | Bonjour comment vas-tu ? |
| Voo suh-ray ray-kawn-pahn-say. | Vous serez récompensés |
| Kawm-pruh-nay voo ? | Comprenez-vous ? |
Dans la préface de ce French Language Guide se dissimule un renseignement historique important :
Published for military personnel only [...]
By order of the Secretary of War : G. C. Marshall, Chief of Staff(1).
Pourquoi restreindre le contenu d'un tel livre aux forces armées américaines ? Parce qu'à la parution du manuel, l'Allemagne ignore encore les projets de débarquement américain : si les nazis avaient découvert que l'Amérique enseignait le français à ses troupes, peut-être auraient-ils compris…
Voilà une mésaventure qui vous est forcément déjà arrivée : en tranchant la galette (ou la brioche, ne faisons pas de ségrégation), le couteau entre en contact avec la fève, ruinant ainsi le suspense que vous aviez insidieusement instillé chez vos invités.
Diantre, pensez-vous ! Quelle était donc la probabilité de cette catastrophe ? La réponse, comme vous vous en doutez, dépend de plusieurs facteurs :
Au final, seules trois variables nous intéressent(3) : d, n et FL.
Première étape : calculer la probabilité de toucher la fève pour un coup de couteau. Comme je le disais plus haut, on considère que la fève est orientée selon la tangente, et a une longueur FL ; le périmètre de galette sur le même rayon est alors 2π × d. La probabilité de tomber sur la fève est comme toujours le nombre de cas « favorables » (toujours au sens mathématique) sur le nombre total de cas. Attention, il y a une petite subtilité : la fève peut être des deux côtés de la galette, couper selon le diamètre revient donc à couper deux fois selon le rayon : .
Prochaine étape : répéter l'expérience n fois. On peut considérer chacun des coups comme indépendants(4) : les mathématiciens nous informent alors qu'il faut utiliser une loi binomiale (vous vous en doutez, répéter n fois une expérience ne revient pas à ajouter la probabilité de l'événement n fois(5)). L'application bête et méchante de la formule donne alors ; le 0 vient de l'idée que l'on ne veut aucun coup de couteau sur la fève (donc aucun succès dans l'échec, vous me suivez ? ).
Petit résumé pour ceux qui ont lâché (tenez bon, c'est presque fini ! ) : la probabilité de ne pas tomber sur la fève est .
Dernière étape, la plus intéressante : effectuer le calcul ! Prenons une galette standard (Gr=15cm), plaçons la fève aux deux tiers du rayon (cm), une fève de dimension convenable (FL=2cm) et huit invités (N=8 et n=4).
Fin de l'abstraction mathématique, voilà sans plus tarder le résultat : . Ce qui correspond à peu près à une « chance » sur quatre de trancher la fève… et ce sans compter sur l'intervention de Murphy !
L'« expérience interdite », voilà un terme que l'on croirait extrait d'un roman de fantasy ! Et pourtant, il s'agit d'un sujet extrêmement sérieux qui passionna les foules et les puissants de ce monde pendant des siècles.
Le terme vient d'un livre de Roger Shattuck qui décrit les hommes sauvages. Le terme s'est ensuite généralisé à l'étude de l'enfant en isolation, pour savoir quelle langue il parlerait si on ne lui apprenait rien.
Bien évidemment, comme pour tout ce qui est interdit, il fallait que quelqu'un fasse l'essai. En fait, de nombreuses personnes ont tenté de trouver la langue originelle(6) de l'Homme : de l'égyptien Psammetichus à James IV d'Écosse en passant par l'empereur moghol Akbar, la liste est longue !
D'autant que la mythologie et l'Histoire regorgent d'enfants sauvages : nous connaissons tous le petit homme Mowgli du Livre de la jungle, mais aussi Romulus et Rémus les fondateurs de Rome, ou encore Jupiter buvant le lait d'Amalthée. Et peut-être que nos esprits se souviennent d'anciennes lectures de Rousseau, qui décrivaient les enfants ours et loups retrouvés dans la nature à son époque.
L'une des plus intéressantes expériences est celle menée par Frédéric II de Prusse, surnommé Stupor Mondi (« la merveille du monde ») par ses contemporains. Cet homme cultivé parlait couramment le latin, l'allemand, le français, le grec, le sicilien, le normand, l'hébreu, le slave ainsi que l'arabe et se demandait quelle était la « langue de Dieu ».
En 1211, il prit donc des enfants (le nombre varie de deux à plusieurs douzaines selon les récits) et les cloisonna. Le moine Salimbene nous raconte la suite :
Aussi demanda-t-il à des nourrices d'élever les enfants, de les baigner, de les laver, mais en aucune façon de babiller avec eux ou de leur parler, car il voulait savoir s'ils parleraient l'hébreu, le plus ancien des langages ou le grec, ou le latin, ou l'arabe, ou peut-être encore le langage des parents dont ils étaient issus.
Mais il œuvra pour rien, car tous les enfants moururent… En effet, ils ne pouvaient pas survivre sans les visages souriants, les caresses et les paroles pleines d'amour de leurs nourrices.
Même si peu de sources confirment l'existence de cette expérience, l'histoire resta et fascine encore de nos jours.
Compagnie, comptez-vous !
I, II, III… IIII ou IV ?
Voilà une question intéressante ! Quelle écriture est correcte ? En fait, à l'époque romaine, on pouvait utiliser indifféremment les deux écritures(7). Ce n'est qu'au XVe siècle que la tradition consacra le IV… sauf sur les cadrans d'horloge (d'où le nom de quatre d'horloger donné à la graphie IIII).
La question est donc : pourquoi cette ségrégation des horlogers ?
D'abord, pour éviter les confusions. En effet, le quatre est placé en bas à droite sur une horloge, et comme toutes les lettres sont centrées vers l'intérieur, le IV risquerait de se lire… VI, soit 6 ! Autrement dit, on se retrouve avec deux formes proches réparties symétriquement autour du cinq. Même si tout le monde sait pertinemment que le six est en bas de l'horloge, des confusions peuvent se produire et on a donc préféré la forme IIII.
Deuxième argument : l'esthétique. L'usage du IIII permet à la fois de séparer le cadran en plusieurs zones régulières graphiquement proches (de I à IIII, de V à VIII et de IX à XII) et aussi d'alourdir artificiellement le côté gauche, qui fait vide sinon face à la profusion de symboles à droite (les V et les X). Enfin, le IIII contrebalance le pataud VIII juste en face et apporte encore une fois un meilleur équilibre (toutes les autres heures sont équilibrées symétriquement : XI avec le I, IX avec III, etc. ). L'excuse de la symétrie explique aussi pourquoi le neuf est représenté IX et non VIIII (comme cela semblerait logique) : c'est pour mieux balancer le III en face.
Troisième argument, le côté pratique. Si l'on compte le nombre de symboles d'une horloge, on trouve vingt I, quatre V et quatre X. Il suffit alors d'utiliser quatre fois un moule qui ne comporte que cinq I, un V et un X pour obtenir toutes les lettres(8). Cet argument est malheureusement mis à mal par certaines horloges dont le cadran est en un seul bloc…
Notons enfin qu'il ne s'agit pas d'une tradition immuable ; Big Ben par exemple a préféré la forme IV. Qui a dit que les Anglais étaient des déséquilibrés ?

Je vois déjà nos fidèles lecteurs s'insurger devant un tel titre : décéder dans un frigidaire ! Voilà qui frise le ridicule… hélas, de 1946 à 1956, le très sérieux New York Times recense 115 morts dans ces appareils à produire le froid.
Rassurez-vous, de nos jours il est fort improbable que cet ustensile devienne votre tombeau. Car ce qui tue, ce n'est pas le froid(9), mais le système de fermeture !
À l'époque, les frigidaires étaient de véritables coffres-forts gelés. Le système de ventouse que nous avons maintenant n'existait tout simplement pas : les réfrigérateurs se fermaient avec une poignée qui activait un système mécanique de verrouillage – les concepteurs partant du principe que les poireaux ne ressentent pas le besoin d'ouvrir le frigo de l'intérieur. Sauf que… si les poireaux se font rarement la malle, les gamins qui jouent à cache-cache peuvent avoir envie de sortir à un moment ou un autre ! De plus, le compartiment étanche empêche les cris de sortir et l'air d'entrer, entraînant rapidement la mort par asphyxie.
En 1968, le Congrès Américain réagit et promulgua le Refrigerator Safety Act (pour la sécurité des réfrigérateurs). Ce texte obliga les constructeurs à inclure un dispositif dans les compartiments pour que la porte s'ouvre sous une pression de 6,8 kg. Rapidement, les joints de porte magnétique se développèrent, faisant à nouveau reculer le proverbe « la curiosité est un vilain défaut ». Malheureusement, les anciens réfrigérateurs existent toujours (bien que de plus en plus rares) ; et on continue de recenser des victimes(10).
En conclusion, si vous avez dans votre cave ou votre grenier un ancien réfrigérateur à ouverture mécanique, pensez à enlever la porte ou à désactiver la fermeture !
Snif, snif… voilà une odeur désagréable qui fait réagir ! Mais si, vous la connaissez bien ; c'est celle du gaz qui fuit. La réaction est immédiate : fermer la bouteille de gaz pour éviter tout problème.
Mais savez-vous que le gaz naturel, en plus d'être hautement inflammable (ce qui est exactement ce qu'on lui demande après tout) est aussi non-toxique, incolore, inodore et insipide ? Autrement dit, vous pourriez vous retrouver dans une pièce remplie de gaz sans vous en rendre compte. C'est d'ailleurs la mésaventure qui arriva à 295 écoliers du Texas en 1937, qui moururent dans une explosion digne d'Hollywood faute d'avoir pu sentir la présence du gaz. Quelques semaines plus tard, le Texas imposait l'ajout de composés chimiques au gaz (les thiols), et en quelques mois le monde entier prit l'habitude d'odoriser son gaz.
Des thiols, quoi qu'est-ce ? Aussi appelés mercaptans, il s'agit de composés chimiques extrêmement odorants(11) : le nez humain les sent à partir de la concentration extrêmement faible d'une partie pour cent millions. Vous connaissez certainement cette odeur d'œuf pourri et d'ail, c'est celle qui est produite par la mouflette… et utilisée pour les boules puantes ! Dans le cas du gaz naturel et du propane des gazinières françaises, on injecte de l'éthanethiol ou du butanethiol, même si certains proposent de le remplacer par le tétrahydrothiophène qui présente l'avantage de ne pas être corrosif pour les valves, ni toxique pour l'être humain.
Maintenant, quand on vous dira que ça sent le gaz, vous saurez quoi répondre…
Question : qu'est-ce qui différencie l'homme des autres primates ? Épineuse question… dont l'une des réponses est d'ordre anatomique : l'homme est le seul primate à ne pas avoir d'os dans son pénis.
Présent chez la plupart des mammifères, le baculum est un os (petit ou grand : 4 mm chez le chat, 50 cm et plus chez le morse) présent pour aider à la copulation. Parfois appelé os pénien ou os de la verge, l'objet se présente sous la forme d'une épine élargie à la base et se terminant en fourche. Caché dans l'abdomen la plupart du temps, l'os est “injecté” dans l'organe reproductif dès que le besoin s'en fait ressentir ; très pratique pour assurer une érection rapide, nécessaire à la plupart des espèces dont la durée du coït se chiffre en secondes (chimpanzé : 6 secondes, lion : 30 secondes).
Mais alors, pourquoi l'homme est-il démuni de cet ingénieux système(12) ?
Certains évoquent l'idée évolutionnaire suivante : les femmes auraient été plus attirées par les hommes capables d'assurer une érection sans utiliser d'« aide », prouvant ainsi leur vitalité et l'absence de problèmes sanguins (diabète ou autres maladies affectant la pression sanguine).
Plus poétique et religieux, certains affirment que la côte prélevée par Dieu sur Adam (cf. la Genèse) serait en fait son os pénien, ce qui se justifie par la présence du même nombre de côtes chez l'homme et la femme et par la polysémie du terme hébreu « côte » que l'on peut traduire par un simple « colonne ».
Même si cela peut paraître une question tordue, la NASA s'est penchée sur le problème dans les années 60 : qu'arriverait-il si suite à une avarie dans un vaisseau ou une fuite dans une combinaison, un astronaute se retrouvait directement exposé à l'immensité glaciale de l'univers ?
La réponse n'est pas aussi intuitive que le laissent penser les films : on peut survivre dans l'espace sans équipement… sous certaines restrictions, et uniquement pour moins de deux minutes. Petit manuel pour ceux qui voudraient tenter l'expérience.
Tout d'abord, pensez à vider vos poumons avant de vous lancer dans le vide intersidéral : en effet, la pression dans l'espace est presque nulle, et les 6 L d'air contenus dans vos poumons vont avoir tendance à se faire la malle. Si vous tentez de retenir votre respiration, vous finirez avec les poumons déchirés, souffrant d'aéro-embolisme (de l'air dans le sang) et vous mourrez dans d'atroces souffrances. Merci d'avoir joué avec nous, réessayez.
Deuxième condition sine qua non pour tenter l'expérience : sautez du côté ombragé de votre vaisseau. Si vous étiez exposé au Soleil, la température dépasserait les 120 ℃, vous recevriez en
quelques secondes une dose impressionnante d'UV, de rayons X et de flux de protons. Encore une fois, try again.
Si vous réussissez donc à dépasser l'instinct qui vous pousse à prendre votre respiration, tout va pour le mieux… pour les 15 secondes à venir. En effet, en l'absence de pression, la réaction à l'intérieur des poumons est inversée : l'oxygène quitte le sang pour rejoindre l'air résiduel des alvéoles pulmonaires. En 15 secondes, c'est l'hypoxie : privé d'oxygène, votre cerveau active le mode “hibernation” : et c'est parti pour faire de beaux rêves… mais ne vous inquiétez pas, tout n'est pas perdu.
Avant d'aller sucrer les fraises, vous aurez peut-être le temps de sentir l'eau de votre langue bouillir : la thermodynamique nous informe que si la pression diminue, la température d'ébullition fait de même. Le corps humain étant composé à 70 % d'eau, une évaporation massive vous transformera rapidement en cocotte-minute !
Heureusement, si vous êtes repêché dans les 90 secondes qui suivent votre départ (car forcément, avant de sauter, vous avez pensé à la méthode de retour, c'est évident non ? ), vous ne souffrirez d'aucun dégât permanent. Mieux, votre respiration reprendra toute seule ! Certes, vous aurez quelques problèmes d'audition (le tympan est extrêmement sensible à la pression), de digestion (l'estomac est un tissu mou) et de vision, mais en quelques heures (quelques jours pour la vision) tout sera redevenu normal et votre cerveau ne conservera pas trace de son hypoxie. Attention, ceci n'est pas une raison pour vouloir retenter l'expérience !
Si malheureusement vous n'avez pas été prévoyant, les choses sont moins roses et ont plutôt tendance à se teinter de rouge.
Quelques minutes après votre perte de conscience, c'est le décès qui survient. Au choix, vous pourrez donc quitter cette Terre par asphyxie, ébullisme (sublimation de l'eau) ou par hémorragie interne généralisée : choisissez vite mais choisissez bien.
J'en vois déjà au fond qui gesticulent en hurlant : effectivement, je n'ai pas pris en compte le froid de l'espace. Mais ne vous inquiétez pas, cela ne change pas la donne !
Effectivement, puisque vous avez plongé du côté obscur, la température avoisine les -100 ℃ (-230 ℃ si vous êtes dans un lieu qui n'a jamais vu la lumière solaire, comme une caverne sur la Lune par exemple). Mais pas de panique ! En effet, le vide est un bon isolant (on fait des bouteilles de Thermos avec ! ) ; et il faudra plusieurs jours d'évacuation de chaleur par radiation avant de vous transformer en bloc de chair gelée. Le rhume ne fait donc pas partie des ennuis qui vous attendraient si un jour vous décidiez de vous « lancer »…