Non ! Je ne vous parlerai pas du péril jaune(1)… mais du problème à double face de l'abandon et de l'adoption.
Il existe partout dans le monde des mères – des pères – contraints d'abandonner leur enfant. Et des mères – des pères – d'adoption essaient de consoler leur petit si désiré en affrontant la question : Pourquoi ai-je été abandonné de ma mère biologique ? (2)

Petite Chinoise d'ici ou d'ailleurs…

En Chine, de 1993 à 2007, ce sont 120 000 enfants qui sont adoptés dans 27 pays étrangers, essentiellement des filles (98% !)… Et ces petites Chinoises se demandent : Pourquoi ma maman chinoise n'a-t-elle pas voulu de moi ?

Pour répondre à cette douloureuse question(3), une Chinoise donne la parole à ces mères.
Xinran est née en 1958 dans une famille aisée. Mais c'est bientôt la Révolution culturelle (1966 à 1976), ses parents sont alors emprisonnés comme « chiens réactionnaires » et son petit frère et elle envoyés dans un orphelinat militaire pour ces « fils de chiens ».
En 1980, les autorités chinoises ont besoin de développer la radio et la télévision et font appel à elle, ainsi débute la carrière de la journaliste Xinran. De 1989 à 1997, elle anime une émission de radio quotidienne à Nankin Mots sur la brise nocturne. Cette émission vespérale(4) est destinée aux femmes et Xinran recueille ainsi de nombreuses confidences. Les Chinoises qui ont ainsi mis au monde, mais perdu ces petites filles sont meurtries à vie et l'abandon auquel elles ont eu recours était l'espoir d'une vie plus facile pour cette enfant…

Trois raisons principales expliquent ces abandons.

  1. Les traditions ancestrales étaient fortes, la répartition des terres ne comptabilisait que les bouches mâles, dans une Chine paysanne très pauvre(5), la pression énorme sur un jeune couple d'enfanter un héritier du nom… Cela a existé en Occident, cela perdure en Chine. Les bébés-filles sont « arrangées » sitôt nées(6) ou abandonnées en ville en espérant que des citadins plus riches les adopteront.
  2. La politique de l'enfant unique qui est instituée en 1979 est stricte(7) : un enfant supplémentaire n'a aucune existence légale et les parents perdent tout, absolument tout(8) !
  3. Enfin, l'occidentalisation rapide a conduit à une libéralisation brutale des mœurs alors que l'éducation sexuelle est nulle.

Dans son livre Messages de mères inconnues, Xinran nous propose dix témoignages : ceux de mères chinoises, d'une sage-femme, d'une orpheline devenue soignante d'un orphelinat, d'un père « franc-tireur » et le sien.
Ce sont des témoignages douloureux, et tous racontent combien ces petites Chinoises ont été aimées et jamais oubliées.
Petite Chinoise, sois heureuse !
La Chine s'est ouverte à l'adoption internationale en 1993(9).
Ces petites Chinoises, adoptées et élevées dans le monde entier peuvent trouver de l'aide, grâce à l'association créée par Xinran The Mothers' Bridge of Love, pour établir un pont

  • entre la Chine et le reste du monde ;
  • entre les riches et les pauvres ;
  • entre culture natale et culture adoptive.

  1. (1) Qu'a-t-on à redouter que les multinationales et leurs tireurs de ficelle ne nous font déjà ?
  2. (2) Le silence sur une adoption est aujourd'hui assez généralement reconnu comme nocif pour l'enfant adopté.
  3. (3) Qui éveille chez l'enfant abandonné un fort sentiment de culpabilité…
  4. (4) C'est-à-dire du soir.
  5. (5) Comment une petite Chinoise adoptée peut-elle imaginer le dénuement des familles paysannes ?
  6. (6) C'est-à-dire étouffées, sans consulter la mère le plus souvent.
  7. (7) Elle s'est un peu assouplie en 2002.
  8. (8) Mis hors-la-loi, ils perdent leurs métiers, leurs revenus, leur droit au logement, tout.
  9. (9) Depuis 2007, l'adoption en Chine s'est ralentie.