Prochain omnilogisme : 15/03/2010 à 0:00
Si vous avez, parmi vos nombreuses qualités(1) l'impartialité et que vos amis font régulièrement appel à vous pour trancher, peut-être êtes-vous un lointain descendant de Salomon. Oui, parfaitement, vous m'avez bien lu : un descendant du roi d'Israël(2) !
Reprenons cette expression du « jugement de Salomon », que vous avez très certainement déjà entendue – je vous rappelle que vous êtes censé être impartial ! – à votre propos. D'où vient-elle, peut-on l'utiliser sans restriction – ah, l'éternelle question des droits d'auteur –, bref : comment s'en servir ?
Remontons quelques siècles en arrière : vous voilà au IXe siècle avant J.-C., en Israël. Pour corser un peu le jeu, imaginons que vous êtes le roi de ce pays. Pour l'instant, pas trop difficile : vous menez la grande vie, les peuples autour de vous sont unifiés grâce à votre sagesse, bref, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles
. Là, deux prostituées arrivent – à l'époque, cela était autorisé – et viennent vous demander quelques instants pour trancher une épineuse question. En effet, ces femmes ont accouchées récemment dans une même maison, chacune donnant naissance à un enfant en pleine forme. Le problème ? L'une prétend que l'autre, en dormant, aurait écrasé son bébé et plutôt que d'assumer son geste, aurait échangé les deux rejetons, lui donnant le nouveau-né décédé. Ne reconnaissant pas son enfant au lever du jour, une dispute entre les deux aurait éclaté, les menant devant le roi – c'est-à-dire vous – pour les départager. La question est donc : qu'auriez-vous fait ?
Reprenons le véritable cours de l'histoire, plutôt que d'imaginer ce pauvre homme jouant à « am stram gram… ». Salomon, ayant quelques notions sur les instincts maternels, demande à un de ses gardes de s'approcher. Il ordonne à l'homme de couper en deux l'enfant qui est en vie
et d'en donner la moitié à chacune
. L'une s'oppose immédiatement à cette décision, préférant laisser l'enfant en vie à sa rivale que de le voir mourir ; tandis que l'autre se réjouit de ce choix « judicieux ». Le roi sait alors qui est la véritable mère, au grand étonnement de tous. Il se penche vers la première femme et lui confie le nourrisson.
Du coup, il est plutôt flatteur de se faire décerner le titre de Salomon quand vous résolvez astucieusement un conflit, n'est-ce pas ?
La guillotine(3) est une machine autrefois utilisée pour mener à bien des exécutions. Le principe est simple : une lame est suspendue à une corde, reposant à la verticale de la tête du condamné. Au moment voulu, le bourreau lâche la corde et la lame tombe d'une hauteur d'environ deux mètres, tranchant net la tête sur laquelle elle tombait et la laissant tomber dans un panier qui se trouvait au-dessous.

L'inventeur de cette machine de mort est Antoine Louis (d'où son deuxième nom, la louisette).
En 1789, le docteur Joseph Guillotin présente un projet de réforme du droit pénal visant à exécuter tous les condamnés de la même façon – le moins douloureusement possible – à l'aide d'une machine mécanique : la future guillotine. Ce n'est en effet pas le cas à l'époque : les nobles étaient décapités à l'épée, les roturiers (personnes non nobles) à la hache, les régicides (assassins royaux) écartelés et les hérétiques brûlés sur un bûcher. Quant aux voleurs, ils étaient roués ou pendus…
Le projet sera accepté et le nom de Guillotin donné à l'instrument, malgré les protestations que le docteur émettra jusqu'à sa mort en 1814.
Ce soir-là, comme d'habitude, des centaines de dames de la cour du roi Soleil, à Versailles, prient dans la chapelle. Dans leur mains un cierge, sûrement pour honorer Dieu ! Soudain, le duc de Brissac fait son apparition : « Mesdames, le roi ne viendra pas prier ce soir ».
Voilà qui change tout : les femmes se lèvent, et sans même finir leur prière font un signe de croix bâclé et se ruent vers la sortie. Malgré les apparences, elles n'était pas là pour prier, mais uniquement pour se faire bien voir du pieux roi : c'est comme ça que l'on fonctionne à la cour du roi Soleil…
Les cierges qu'elle portent servent surtout à éclairer leurs visages, afin que le Roi puisse admirer leur ferveur religieuse : Louis XIV est en effet très croyant, et sa foi ne cessera d'augmenter avec son âge – toute la cour l'imitera, bien évidemment !
Cependant, ces dames ont bien tort de quitter la chapelle : le duc de Brissac voulait juste montrer au roi l'hypocrisie de ses sujets… et quand le monarque se présente à l'entrée de la chapelle, quelques minutes plus tard, il est stupéfait de la trouver presque déserte, alors qu'elle est d'habitude remplie !
Brissac lui révèlera vite ses machinations ; et fort heureusement le roi en rira. Car il aurait pu en coûter, à Brissac tout comme aux dames…
Lors du dernier article, nous avions quitté la France au bord du gouffre, prête à se déchirer pour le problème de la succession d'Henri III.
Un bref rappel des différents candidats s'impose :
Dès lors, les luttes de pouvoir vont pouvoir s'exercer.
Henri de Navarre va combattre la ligue, et remporter plusieurs victoires décisives. De sa prison, le cardinal de Bourbon abdique alors et reconnaît à Henri de Navarre le poste de roi : trois candidats sont encore en lice.
Les états généraux sont convoqués, et l'on décide qu'Isabelle II n'accèdera pas au trône de France en vertu de la loi salique, qui interdit la royauté aux femmes : plus que deux !
De victoire en victoire, et après la tentative manquée de coup d'état aux états généraux par Charles de Mayenne, Henri de Navarre s'impose comme le roi.
Un obstacle demeure cependant : Henri est toujours protestant – c'est, faut-il le redire, la base de ce capharnaüm !
Il a beau faire une déclaration solennelle dans laquelle il s'engage à respecter les catholiques, le courant ne passe pas entre le peuple français et lui.
Finalement, Henri accepte d'abjurer sa religion : le duc de Rosny résumera cette conversion par la célèbre phrase « Paris vaut bien une messe ». Il est alors sacré sous le nom d'Henri IV, et comme ses ancêtres Henri II et Henri III, il ne mourra pas de vieillesse ! Mais ceci est une autre histoire…
En 1584, le roi de France Henri III apprend que son neveu François vient de décéder de tuberculose. Et alors, me direz-vous ? Eh bien, le roi n'a pas d'enfant, et François était son dernier espoir d'avoir un descendant direct et légitime.
La loi salique – qui régit les problèmes de descendance – prévoit que dans une telle situation, ce sera la maison des Bourbons, ou plutôt leur chef Henri de Navarre, qui héritera de la couronne. Mais cela pose un problème éthique inadmissible pour le peuple français : Henri de Navarre est protestant…
Le duc Henri(4) de Guise, chef de la Ligue(5) refuse une telle succession (il a lui aussi des vues sur le trône). Il force donc le roi à signer un traité dans lequel notre pauvre Henri III s'engage à bouter les hérétiques [NDLA : les protestants] hors du royaume
; donc à faire la guerre à son successeur ! Faut-il préciser que le roi apprécie moyennement la plaisanterie ?
Plusieurs mois plus tard, le destin n'étant pas en faveur des catholiques sur les champs de bataille, Henri III fait assassiner le duc Henri de Guise (preuve une fois de plus que la vengeance est un plat qui se mange froid). Cette fois, c'est la Ligue qui rit jaune : elle se délie de son serment de fidélité, appelle à la révolte et au meurtre du Roi.
Le 1er août 1589, Henri III est donc assassiné par un moine ligueur, sur sa chaise-percée(6). Recevant le coup de poignard, il aura ce mot d'esprit qui restera à la postérité : « Méchant moine, tu m'as tué ! ». Décédant le lendemain, il laisse le royaume de France au bord du gouffre : il n'a toujours pas d'héritier et la conscience catholique refuse encore et toujours qu'un protestant accède au trône…
Pour ne rien arranger, la Ligue propose deux candidats au trône en remplacement du décédé duc de Guise : le cardinal de Bourbon, et le Duc de Mayenne.
Pour complexifier encore un peu cette équation, Philipe II d'Espagne propose sa fille, Isabelle, qui est aussi la petite-fille d'Henri II, donc de sang royal français.
Si vous suivez toujours, bonne nouvelle : à partir de maintenant les choses vont se simplifier. Mais ce sera pour l'article de demain : « Paris vaut bien une messe ».
C'est la fête à Paris ; le roi de France Henri II organise une grande fête pour célébrer deux mariages : sa sœur avec le duc de Savoie, et sa fille avec Philippe II d'Espagne (nous aurons l'occasion de reparler de cette seconde union dans un prochain article).
Il fait très chaud en cet après midi de juillet 1559, mais le tournoi prévu est confirmé : le roi en grande forme y affronte victorieusement le duc de Nemours, puis celui de Guise.
« Jamais deux sans trois », dit-on : le roi veut donc un troisième duel, même si Catherine de Médicis, sa femme, s'y oppose farouchement (la légende raconte qu'elle aurait rêvé que le roi se blessait grièvement lors du tournoi).
Le roi affrontera donc Gabriel de Montgomery, capitaine de la Garde Écossaise. Les chevaux s'élancent, la reine ferme les yeux… et ne voit pas le roi qui vacille, manquant de tomber ! Quel affront ! Furieux, le roi exige une seconde passe. Tout le monde se remet en place, tout le monde retient son souffle. Une nouvelle fois, les chevaux s'élancent ; la lance de Montgomery frappe l'écu du roi, remonte, pénètre la visière du casque et lui transperce l'oeil.
Le roi est ramené dans ses appartements, et son médecin officiel, un certain Ambroise Paré, appelé à son chevet. N'ayant jamais extrait de bouts de lance d'un oeil humain – l'école de médecine ne devait pas être très performante, à l'époque –, il demande en toute simplicité de s'entraîner. Ce qui ne pose pas de problème : on décapite promptement quelques condamnés à mort, on leur plante un bout de bois… et le grand Paré peut s'exercer. Malgré ces travaux pratiques, le roi décède après dix jours de souffrance, laissant derrière lui une citation : Que mon peuple persiste et demeure dans la foi
(7). À la suite de ce funeste tournoi, la reine Catherine fait interdire les tournois dans tout l'empire de France : ils n'y seront jamais réintroduits.
La mort d'Henri II fera les choux gras des partisans de Nostradamus, lequel avait prédit treize années plus tôt de façon très « claire » :
Le lion jeune le vieux surmontera
En champ bellique par singulier duelle,
Dans cage d'or les yeux lui crèvera,
Deux classes une puis mourir mort cruelle.